‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 74 sur 122 · Journal de Paris, 18 novembre · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 18 novembre

fort commode, a des dossiers. Il ec lui manque que des hras de fauteail bien rembourrés, pour être au niveau du parterre de la Scàla, à Milan. Or! a blâmé le plafond, que je trouve très bien et amusant à voir. C'est là précisément le mérite d'un plafond de théâtre ; il doit abréger, autant qu'il est en lui, cette heure mortelle pendant laquelle on attend le lever dv rideau. Au théâtre de San Carlo, à Naples, la toile offre un tableau d'histoire. Pourquoi ne pas placer, sur le rideau de Favart, une copie du tableau célèbre qui nous a rappelé VEntrée d'Henri IV dans Paris ? Cela eût encore contribué à alléger, pour les nouveaux prosélytes du chant italien, l'ennui de cette heure fatale dont je parlais dans le moment. Les trois grands bas-reliefs, peints audessus de l'avant-scène, sont fort bien. J'aurais voulu voir remplacer le bas-relief du milieu par une figure du temps, montrant du doigt le chiffre qui indique l'heure. Une figura de ce genre produit un fort bon effet au théâtre de San Carlo à Naples, et cet usage est commode.

La couleur rouge qui revêt le plafond et les côtés des loges d'avant-scène fait paraître les décorations bien ternes. Il valait mieux, pour les yeux des spectateurs, tendre ces loges en taffetas vert. Le foyer, qui ne sera ouvert que le 24, et que le public aperçoit à travers la glace immense placée sur la cheminée, annonce beaucoup de magnificence.

Le succès de Rubini, dans la Donna del Lago,

NOTES D UN DILETTANTE

a été complet et mérité. Paris sait enfin ce que c'est qu'une voix de ténor. C'est dans l'opéra d'Ermione, de Rossini, tombé à Naples en 1819, que Rubini a pris la cavatine qui, hier et avanthier, nous a paru si jolie. Dans Ermione, c'est le terrible Oreste qui chante cet air, chef-d'œuvre de grâce et surtout d'élégance. Qae n'auraient pas dit, sur cet effroyable péché contre le costume, les graves littérateurs qui poursuivent de leurs injures le théâtre italien, si l'opéra d' Ermione eût été donné en France ? C'est pour le coup que nous eussions tous été des Bourgeois gentilshommes ^ Dans cet air, Rubini produit un plaisir extrême ; à la vérité, ce plaisir n'est pas du genre tragique que semble annoncer le grand nom d'Oreste ; mais qu'importe, puisque c'est du plaisir ? Valait-il mieux nous ennuyer en étant fidèle au costume ? L'air si délicieusement chanté par Rubini, et qu'on a eu le tort de lui faire répéter hier et avant-hier, peint les sentiments d'une jeune berger un peu jaloux de sa maîtresse. Le talent de Rubini est parfait, on ne connaît rien de préférable ; il n'en est pas tout à fait de même de sa voix, le timbre n'en est pas assez clair. Aussi Rubini brille-t-il surtout par les fioriture. Rien au monde de plus élégant, de plus gracieux, de plus vif : cela rappelle les poésies légères de Voltaire. Quel dommage que notre

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