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LA SEMIRAMIDE

(23 février 1826)

^jme Pasta vient d'obtenir un triomphe éclatant dans le second acte de cet opéra. Jamais elle n'a chanté et joué comme ce soir le fameux duo avec Assur. La perfection de ce morceau a vaincu la froideur du public, qui était resté immuable durant un premier acte fort bien exécuté. Galli s'accoutume à son rôle, et commence à n'avoir plus autant de peur des journalistes ; il est fort beau dans le duo d'Assur, et ce soir, électrisé par le talent sublime de M°^® Pasta, il a joué avec autant d'aisance et de naturel qu'en Italie. La bonne compagnie fait

1. Journal de Paris, dimanche 26 février 1826. RossiNi IL 25.

fort peu de gestes à Paris ; la perfection est même, ce me semble, de n'en faire aucun, de ne se permettre aucune inflexion dans la voix, et de parler comme si on lisait. Les Italiens sont encore loin de ce beau idéal de la conversation.

Lorsque Galli a débuté en Italie, et y a passé longtemps pour le rival de Demarini, qui n'en compte pas beaucoup en Europe, c'est avec des gestes et des manières italiennes qu'il exprimait les passions des personnages qu'il représentait. Il ne pouvait songer à plaire à un peuple du Nord, beaucoup plus modéré dans l'expression des mouvements de l'âme, et chez lequel il n'est venu que tard. Galli est toujours tenté de jouer le rôle d'Assur comme un Italien le sentirait. Pardonnons-lui de n'y pas déployer la noblesse et la chaleur modérée qu'y porterait Desmousseaux, Saint-Aulaire, ou tel autre acteur du premier Théâtre Français.

La salle n'était pas remplie ; le public ne peut pas s'accoutumer à une partition sans doute magnifique, mais dont les airs ressemblent à un récitatif obligé surchargé d'ornements. La cavatine :

Bel raggio lusinghier

ne fait pas fortune. Le gran maestro ne pourrait-il pas composer un air qui fût dans les cordes de ^me Pasta, et où il y aurait un peu de chant ? La colère et la terreur se disputent toutes les notes de la Semiramide. Un morceau gracieux, doux,

NOTES d'un dilettante 391

chantant, ferait un beau contraste. L'esprit de^ coterie cherche à disputer à Rossini la place élevée, et peut-être unique, que lui ont value dix chefsd'œuvre. Qu'il montre, en faisant un air nouveau pour M"^^ Pasta, qu'il est toujours le Rossini d^Otello et de Tancrède.

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