Journal de Paris, 23 novembre
Ce jeune compositeur a des cantilènes suaves et tendres. C'est par la grâce qu'il brille, et non pas par la force ; or, dans ce siècle, il faut frapper fort, du moins tant que le public ne fait pas attention au mérite. Toutes proportions gardées, le génie de Mercadante a des rapports frappants avec celui de Fénelon ; il en a l'onction et la sensibilité pleine de mesure. Fénelon s'inspirait d'Homère ; il aimait presque autant copier un beau passage de VOdyssée qu'inventer. Mercadante est rempli d'inspirations dérobées à Cimarosa.
Les gens de lettres trouvent absurde le libretto d^Elisa e Claudio ; certainement on n'y rencontre point de ces jolis mots qui font la fortune du théâtre de Madame. Les situations sont amenées gauchement et sans esprit ; mais enfin il y a beaucoup de situations, elles sont frappantes, et le spectateur le moins attentif les comprend du premier abord. Dès le commencement du premier acte, c'est un père qui ouvre une porte fermée à double tour, et fait sortir son fils d'une prison où il le tient enfermé depuis un an. Ce fils reparaît chez sa maîtresse qui le croit infidèle. Des brigands payés par un père cruel viennent enlever ses deux enfants à * cette malheureuse femme. Elle pénètre dans le palais du père de son amant, et les transports de sa juste douleur font une peur extrême à un vieillard imbécile qu'elle prend pour le marquis.
Toutes ces situations sont bien rendues par la
musique. Seulement il faudrait un peu plus de force. Le goût du public pèche par le défaut contraire. Rossini nous a accoutumés au tapage. Mercadante ne pouvait se présenter dans des circonstances moins favorables.