AVANT-PROPOS
L'Église a toujours recommandé à ses enfants la lecture des Vies des Saints, qui sont nos Pères dans la foi : Filii Sanctorum sumus (Tob. n, 18.) Leurs mérites et leurs vertus sont nos titres de famille, titres de noblesse mille fois plus solides et plus vrais que ceux des grands du monde, si fiers de la gloire de leurs aïeux. En suivant ces immortels soldats de Jésus-Christ dans leurs luttes et leurs victoires, nous sommes naturellement portés à marcher sur leurs traces, et à imiter leur magnanime intrépidité.
L'histoire du célèbre Fondateur de l'Ordre des Clercs-Réguliers Ministres des Infirmes est remplie de traits si édifiants et respire un si grand amour de Dieu et du prochain, qu'elle ne peut manquer d'être pleine de charmes pour le lecteur chrétien, je dirai même simplement philanthrope. On aime à voir ce rude soldat, vaincu par la grâce, quitter la vie aventureuse des camps, et ne pas rougir de s'initier, à un âge déjà mûr, comme Ignace de Loyola, aux élé-
ments delà science, pour se préparer aux épreuves d'une nouvelle milice. Il quitte le glaive et le drapeau de César, pour s'enrôler sous la bannière de Jésus-Christ, et combattre avec les armes pacifiques de la religion. Il ambitionne d'autres lauriers que ceux qui ont ceint les fronts de ses glorieux ancêtres : les conquêtes qu'il rêve, ce sont celles des âmes qui ont coûté le sang d'un Dieu. La mollesse, l'indifférence, l'égoïsme, en un mot, toutes les passions abjectes, voilà les ennemis qu'il s'apprête à vaincre. Il choisit pour champ de bataille les hôpitaux, et il grave sur son drapeau pour devise cette parole, qui résume à elle seule tout l'Evangile : Charité! Tous les instants de sa vie sont consacrés à l'amour des pauvres, les représentants de Jésus-Christ, dont il aperçoit la noblesse et les titres à notre sympathie sous les dehors repoussants des haillons qui les couvrent; et c'est en face de la mort, dans leurs derniers combats, qu'il retrempe leur courage. La fin unique de ses travaux et de ses fatigues, c'est le soulagement spirituel et corporel de toutes les misères et de toutes les infirmités humaines.
En présence de l'égoïsme, fruit amer de la philosophie matérialiste du siècle, en présence de cette lèpre hideuse qui ronge nos sociétés modernes, on contemplera avec bonheur ce type parfait de l'abnégation, du véritable amour de
l'humanité, qui ne se rencontre qu'au sein du catholicisme et à l'ombre de la croix, que Camille porte gravée sur ses vêtements, et qu'il choisit pour son glorieux blason.
Ce grand apôtre de la charité est presque inconnu chez nous; aucune plume française n'a reproduit les traits de cette vie sublime de dévouement ; mais son souvenir est encore vivace dans un grand nombre de contrées, et surtout dans la Péninsule italique, qui fut le théâtre de ses modestes et héroïques vertus. Saint Camille de Lellis est le saint Vincent de Paul de l'Italie, qu'il surpassa peut-être par ses travaux et son zèle ardent pour le salut des âmes.
Parmi les nombreuses biographies de notre Saint, écrites en langues étrangères, la plus estimée est sans contredit celle qu'a composée en italien le Père Sanzio Cicatelli, son disciple et son compagnon, quatrième Général de l'Ordre, témoin oculaire de la plupart des faits qu'il raconte. Tous les biographes que nous avons consultés ont, à peu de choses près, reproduit son travail. Nous les avons imités, et nous avons prolité des documents nouveaux et de quelques additions que nous avons trouvés dans la Vie es* pagnole de notre Saint, parle Père Munoz, dans les biographies récemment publiées par le Père Ignazio Porro, en italien, et en anglais par les Révérends Pères de l'Oratoire de Saint-Philippede-Néri, de Londres.
Notre livre paraît sous les plus heureux auspices : Mgr Plantier, le savant Evêque de Nîmes, a daigné le revêtir de son Approbation.
Puisse le Seigneur bénir notre modeste travail! Puisse la lecture de ce livre faire du bien à quelques âmes, et nous serons amplement dédommagé de nos fatigues et de nos veilles!
L'Abbé Th. Blanc.