‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 100 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

vrant ainsi à l'occupation du dernier des valets.

S'il voyait souffrir les malades, sans pouvoir alléger leurs maux, comme une tendre mère, il se sentait pénétré jusqu'au fond des entrailles de la douleur la plus vive. Il vit dans l'hôpital du Saint- Esprit, dans un moment de gène, un grand nombre de pauvres qui étaient étendus par terre, couches sur la paille et le foin, parce que tous les lits étaient occupés ; on lui demanda pourquoi il était si pensif et si triste, il répondit : « Je mange le pain de la douleur, en voyant souffrir ces membres de Jésus-Christ. » Étant retourné de Naples à Rome, dans cet hôpital, tout le monde se livra à la joie, et un Religieux qui aimait sincèrement les pauvres, ayant appris son retour, leur dit : « Vous allez voir bientôt celui qui débarrasse la garderobe, » donnant à entendre qu'il ne laissera ni chemises, ni linge, ni pantoufles, ni mouchoirs, ni aucun des autres objets enfermés dans la garderobe, car Camille les prendrait tous, pour les répartir aux pauvres infirmes qui en auraient besoin .

Quand les malades guérissaient et sortaient de l'hôpital, le plus souvent il les aidait à se vêtir et à se chausser; il les accompagnait, leur procurait des bâtons, et, les voyant souvent faibles et sans forces, hors d'état de pouvoir marcher, il intercédait pour eux et obtenait qu'on les laissât retourner à leurs lits jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement rétablis. Ce saint homme gémissait profondément de ce que, dans toutes les villes, il n'existait pas de riches hôpitaux pour ces convalescents, non pas pour qu'ils y restassent deux ou

trois jours, comme cela se pratique dans quelques villes, mais quinze ou vingt, si cela était nécescessaire. Il affirmait, fondé sur l'expérience, que la plupart de ces pauvres convalescents mouraient faute de secours; car, sortant des hôpitaux faibles et exténués, et n'ayant les premiers jours aucune nourriture succulente à leur disposition, ils retombaient bientôt dans les mêmes infirmités, ou d'autres pires encore; ils retournaient à l'hôpital, et enfin, accablés et consumés par leurs souffrances, ils mouraient presque tous. Il désirait vivement, ce qu'il ne cessait de répéter aux médecins, que, lorsque la fièvre avait cessé, on les soignât dans l'hôpital, au moins jusqu'à ce qu'ils pussent, en le quittant, mettre la main à la bêche et gagner un morceau de pain.

Un volume entier ne suffirait pas pour raconter en détail tous les actes de bienfaisance et de charité du grand serviteur de Dieu dans les hôpitaux. Nous terminerons ce chapitre par un trait de dévouement sublime de saint Camille, à l'occasion de la terrible inondation du Tibre, arrivée en 1593. Les digues ayant été rompues par l'impétuosité et l'abondance des eaux, le fleuve sortit de son lit et envahit l'hôpital du Saint-Esprit, placé tout auprès. Nous n'essaierons pas de dépeindre les cris de détresse et de désespoir que firent en tendre les malheureux qu'il renfermait, à la vue du péril qui les menaçait. Notre Saint accourut aussitôt pour les arracher à la mort, et prit avec lui six de ses Religieux, qu'il encourageait et de la voix et de l'exemple. Il passa la nuit entière à mettre en

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