LIVRE SECOND
je désire de toute mon âme, celui de mourir- au milieu de ses pauvres! » Et il ajoutait : « La gloire d'un vaillant soldat, c'est de mourir pour la pairie sur le champ de bataille, celle du marin au milieu des flots, et la plus grande gloire d'un Ministre des infirmes est de mourir dans un hôpital. »
Autant il était sévère pour lui-même, autant il était compatissant pour ses compagnons. Pendant les chaleurs excessives de l'été, se rendant un jour à midi à l'hôpital du Saint-Esprit, en traversant le pont du château Saint-Ange, il dit à son compagnon, qui était novice : « Frère, vous ferez bien de vous rapprocher de moi, je suis d'une haute taille, et mon ombre vous garantira du soleil. » Le novice refusant de se rendre à ses désirs, Camille insista, de sorte que le frère obéit, non sans en éprouver quelque mortification.
Dans l'hôpital de Gênes, étant de garde la nuit, avec un autre de ses Religieux, il désirait que celui-ci lui indiquât un endroit de l'hôpital où il y eût le plus de travail ; son compagnon lui dit d'une manière très convenable qu'il pouvait rester où bon lui semblerait. Camille insistant de nouveau, il lui indiqua, par bonté, le lieu où le service était le moins pénible et où il y avait le moins à faire. Le bon Père s'en aperçut, et lui dit : < Vous faites ceci par respect pour ma personne, allez-y vousmême, car je resterai moi-même où bon me semble ; » et il choisit le lieu de l'hôpital qui exigeait le plus de travaux et de peines.
Un soir, lorsqu'il était déjà nuit, malgré une pluie battante, il partit delà maison pour se rendre
168 VIE DE S. CAMTLLE DE LELLTS
à l'hôpital, s'étant levé de nuit uniquement pour donner un œuf frais à un pauvre, tourmenté par une fluxion, se disant à lui-même : « Si je n'y vais pas cette nuit, qui donnera l'œuf frais au pauvre malade? » Il ne tint nul compîe de sa propre incommodité, pour procurer à ce malheureux ce léger soulagement.
Tous ceux qui le voyaient au milieu des pauvres étaient singulièrement édifiés et désireux de l'imiter en quelque sorte, à cause de son maintien et de la dévotion qui semblait respirer dans toute sa personne. Un Florentin, appelé Dominique, Jiomme très avancé en âge et d'une piété remarquable, parcourait l'hospice pansant les plaies des pauvres. Il rencontra un jour le Père Sanzio Cicatelli ; il portait à la main une poignée d'herbes dont il faisait usage, et il lui dit : « C'est ce saint homme, votre père Camille,, qui m'a appris à réemployer à cette œuvre de charité, et plût à Dieu que je fusse un de ses véritables disciples et imitateurs! »
11 n'était pas d'act'on, pour basse et humiliante qu'elle fût, à laquelle ne s'abaissât le charitable Camille. Il remplissait souvent les fonctions les plus viles, portant sur ses épaules des tables, des bancs, des vases de bronze et de pierre, regardant comme honorable tout ce qui procurait quelque soulagement aux malades. Il leur servait de domestique, d'infirmier, de frère, de père, de mère et de nourrice. Dans l'hôpital de Mantoue il dormit sur un banc tout un Carême, afin de se lever à minuit pour nettoyer les vases, se li-