CHAPITRE III
Charité de Camille pour les particuliers qui mouraient dans leurs maisons.
Saint Camille n'était pas seulement rempli d'amour et de sollicitude pour les pauvres des hôpitaux ; il secourait avec une égale tendresse ceux qui mouraient dans leurs maisons. Il est vrai que les hôpitaux étaient le principal théâtre où il exerçait son zèle et se laissait entraîner aux élans amoureux de son cœur, parce qu'il y trouvait plus d'occasions de faire une ample moisson de mérites. Néanmoins, les hommes d'abnégation qui consacrent leur existence à aider les particuliers à bien mourir dans leurs propres foyers ont au si des sacrifices égaux, ou même plus grands encore à faire. Il est plus pénible qu'on ne croit communément, dans le profond silence de la nuit, quand les animaux eux-mêmes se livrent au repos, de. s'arracher aux douceurs du sommeil, de quitter son lit et sa demeure, pour aller dans les misérables habitations des pauvres,
où Ton respire une odeur infecte, où l'on trouve, pendant l'hiver, à peine un peu de feu, ou plutôt un air glacé, pendant l'été, des chaleurs étouffantes, et de passer les nuits dans les veilles, au milieu des larmes et des sanglots d'une épouse, des enfants, des amis consternés et de toute une famille en désolation.
11 avait coutume de dire « que les hôpitaux étaient comme la mer Méditerranée de la religion, mais que lesbourgs et les villes où l'on prend soin des âmes des particuliers étaient, comme TOcéan, incommensurables et sans fond, parce que de tous côtés et à toutes les heures la mort y fait des victimes. » Aussi exigeait-il que ses religieux fussent toujours prêts à s'acquitter avec le plus grand soin et la vigilance la plus active de ce pieux ministère; qu'ils fussent tous des hommes d'une grande gravité de mœurs et doués d'une érudition distinguée, afin qu'ils fussent capables, soit de connaître les qualités diverses et les maladies spirituelles des mourants, soit de leur appliquer les remèdes opportuns, soit de leur adresser de touchantes exhortations pour les secourir utilement dans ce moment si critique. Cet héroïque serviteur de Dieu essuya de grandes fatigues dans l'exercice de ce ministère : il allait en personne, à toute heure du jour et de la nuit, accomplir cette œuvre de charité, sans s'inquiéter des incommodités sans nombre qu'il avait à endurer. Ses infirmités ne l'empêchaient pas de retourner ensuite à pied, ne pouvant souffrir qu'aucun des siens essuyât des fatigues plus