‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 110 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

plutôt que de retourner là où Dieu était offensé.

Il ne resta que huit jours à Naples, non pour se reposer .les fatigues de la mer, mais pour se traîner d;ms les hôpitaux des incurables et delUAnnunziata, malgré les souffrances occasionnées par les plaies de ses jambes, servant les pauvres du mieux qu'il pouvait : c'était là son délassement. De Naples il retourna à Rome, revint de nouve'au à Naples, où il s'embarqua sur une des trentehuit galères du prince D >ria, qui cinglèrent vers Gènes. Il amenait avec lui vingt-cinq Religieux pour les deux établissements de Gènes et de Milan.

On courut un très grand danger sur la côte de la Romagne. Il survint la nuit une si horrible tempête, que l'on tira le canon d'alarme et l'on poussa le cri de sauve-qui-peut; on s'attendait à un naufrage et à une mort certaine. Dans c j péril extrême nu milieu des soupirs et des sanglots, on entendit la voix de Camille implorant la protection de Marie, l'étoile favorable aux navigateurs. Le serviteur de Dieu, voyant que les galères allaient être perdues, s'écria, les yeux levés au ciel: « 0 bienheureuse Vierge Marie,, venez à notre secours dans cet instant terrible. « On fit descendre Les passagers sous le pont, et Camille entendit fermer et calfeutrer la porte. Les vagues furieuses se précipitaient et se brisaient avec fracas sur les lianes de la galère. Il ordonna que ses Religieux se missent en prière; il tomba au milieu d'eux, et y resta constamment comme immobile. Vers minuit, la galère où il se trouvait heurta contre une autre,

et en reçut un coup si violent, que tous crurent qu'ils allaient être abîmés au fond de la mer. Dans ce moment, un Religieux, qui était rapproché de Camille, entendit qu'il disait à voix basse : « Je vous remercie, Seigneur; Seigneur, je vous remercie d'avoir changé la sentence. » 11 dit ensuite à tous qu'ils ne craignissent rien, que la tourmente serait bientôt apaisée; ce qui arriva par l'effet de la bonté divine. Camille persévéra jusqu'au matin, malgré la grande incommodité qu'il éprouvait, parce que le pont de la galère était très bas, et qu'il était obligé d'avoir constamment la têle courbée sur les genoux, à cause de sa haute stature. Après bien des souffrances, ils sortirent de cette obscure prison, et se trouvèrent à Livourne. Il manquait beaucoup de galères qui avaient dérivé de leur route pour se sauver. Le matin, Camille, plein de gratitude pour la bonté divine, pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, répartit entre les rameurs du navire toutes ses provisions ; ces malheureux avaient passé une nuit terrible, et beaucoup d'entre eux avaient tellement souffert, qu'ils étaient tombés malades. Il les engagea à remercier Dieu de leur avoir sauvé la vie, à s'amender et à ne plus l'offenser à l'avenir. Il fit confesser tous les chrétiens delà chiourme, et secourut de son mieux les malades. Le serviteur de Dieu, dépouillé de son manteau, déployait une activité remarquable pour soulager avec ses Religieux ces infortunés. L'un surveillait le fourneau de cuisine pour préparer les mets; l'autre mettait la nourriture dans la bouche de celui qui

était dans un état plus alarmant; lus uns les réchauffaient, les autres leur distribuaient les remèdes dont ils pouvaient disposer; Camille aidait les mourants : ils furent d'un très-grand secours pour ces pauvres gens. Camille alla plusieurs fois trouver le capitaine de la galère, le suppliant, dans les termes les plus respectueux, de permettre qu'on ôtàt leurs chaînes à ceux qui étaient à l'agonie, sans pouvoir l'obtenir.

S'étant arrêté à Gènes pour se remettre des fatigues du voyage, il apprit du Père Nicolas Clément, préfet de la maison de Milan, que la peste s'était déclarée dans une famille de cette ville, — ce qui avait répandu une épouvante universelle, — et que l'archevêque Gaspard Visconli avait demandé deux Religieux pour les placer dans l'établissement où l'on renferme ceux qui sont atteints de la corttagion, et qu'on appelle lazaret. Le zélé Camille désira être du nombre, et, accompagné de quelques-uns des siens, il s'achemina à grandes journées vers Milan. Il passa la Pancarrana de nuit, courant les plus grands dangers, à cause des grandes fondrières et des marais qui s'y rencontrent, et Pintrépide serviteur de Dieu marchait toujours le premier. Partout où il passait, on le conjurait de ne pas entrer dans Milan, parce qu'il était certain qu'il y avait la peste, et qu'y entrer c'était mourir. Il répondit que c'était pour cela qu'il y allait. 11 se montra même si empressé d'y arriver, que, étant sur le point de franchir les frontières de l'État de Gènes, celui qui les conduisait lui ayant dit : « Père, je vous en

conjure pour l'amour de Dieu, ne me causez pas le désagrément d'entrer dans le Milanais, parce que je ne pourrai plus retourner à Gênes où l'on a établi un cordon sanitaire. * Camille, ayant compassion de lui, descendit aussitôt de cheval, en fît faire autant à ses compagnons, passa les besaces autour du cou, fit à pied quelques milles, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé des montures.

Arrivé à Milan, il trouva que deux de ses Religieux étaient entrés dans le lazaret pour soigner la famille pestiférée. Il alla le lendemain matin les visiter; on lui parla des fenêtres. Un membre de cette famille mourut entre les mains des Pères, qui sortirent sains et saufs, et retournèrent avec 1. urs Frères en religion, après avoir été séquestrés pendant quarante jours.

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