LIVRE SECOND
vait seconder leur louable et pieuse entreprise. L'archevêque de Milan était Gaspard Visconti, et celui de Gênes, Matthieu Rivarola. Les Pères se chargèrent dans la suite des principaux hôpitaux de ces deux villes, où logeaient un certain nombre de Religieux qui s'y livraient à des veilles et à des tra\aux extraordinaires.
A cette époque, le Père Camille fut obligé de se rendre à Naples. Il s'embarqua à Gènes sur la galère de dom Gosme Genturione. 11 se passa dans ce voyage une chose digne d'être connue, et qui prouve combien ce saint homme avait horreur du péché. Les galères étaient retenues dans le port Yenere par le £ros temps : quelques jeunes matelots de sa galère, sans être relenus par la crainte de Dieu, courtisaient en sa présence une jeune Espagnole. Camille s'en attrista profondément, et ne pouvant lolérer plus longtemps cette conduite indigne, saisi d'un zèle ardent pour l'honneur de Dieu outragé, tenant à la main un crucifix qu'il avait constamment suspendu à sa ceinture, il leur fit une sévère réprimande, qui épouvanta tous ceux qui se trouvaient dans le vaisseau. Il les menaça de la colère divine, leur prédisant qu'ils seraient cruellement châtiés, s'ils ne se corrigeaient de ce vice honteux. Entre autres choses qu'il leur dit, il leur adressa ces paroles prophétiques : « Ce qui m'étonne, hommes pervers et corrompus, c'est que Dieu se montre si patient à votre égard ; mais tremblez et craignez qu'il ne lance du haut du ciel sa foudre pour vous écraser et vous précipiter au fond des abimes de la mer ; oui, ce terrible
châtiment ne manquera pas de vous atteindre, vous et votre galère, si vous ne changez de vie, et ne renoncez à vos abominables désordres. » Ceci se passait à la fin du mois d'août. A peine une année s'était écoulée, lorsque tous ces marins débauchés se noyèrent avec leur vaisseau dans le golfe de Lion, en conduisant en Espagne le comte de Miranda, vice-roi de Naples ; il se noya également un certain nombre de femmes et de suivantes de la vice-reine, eî, quoique les autres galères eussent beaucoup souffert de la tourmente, elles furent toutes sauvées. C'est ce que lui apprit dans un autre voyage un ancien matelot, homme de bien, qui se trouvait présent, quand Camille fit cette menace, et qui lui dit : « Mon Père, tous ces jeunes gens, que vous avez réprimandés l'an dernier dans le port de Gênes, se sont perdus avec leur galère, comme vous le leur aviez prédit, sans qu'il en soit échappé un seul : ils continuaient à vivre dans le désordre et la débauche. »
Camille arriva à Naples le 8 septembre de l'an 1594, dans un état souffrant, parce qu'il était resté douze jours exposé à l'air et au serein, sur les pièces de canon delà proue, n'ayant pas voulu se placer à la poupe, où l'invitaient à passer les Grands qui s'y trouvaient. Ce qui lui occasionna ce malaise et l'engagea à prendre cette détermination, c'est que, se trouvant le premier jour à la poupe, il entendit un soldat qui, en jouant, proféra un blasphème; cela lui causa tant l'horreur, qu'il renonça à la commodité de cette place et préféra s'exposer à l'inclémence de la mer et des vents