LIVRE SECOND
quitter de celte mission. Le saint homme obéit promplement et avec plaisir; et, comme c'était la première fois que ses Religieux remplissaient les fondions de leur pieux ministère par ordre du Souverain Pontife, il lui parut important qu'ils s'en acquittassent avec une grande piété et beaucoup de prudence. Il accompagna donc ces huit Religieux jusqu'à Trente, afin de les instruire sur tout ce qu'ils avaient à faire pour le salut des âmes qui leur étaient confiées. Il leur recommanda de n'avoir ni relations ni enlretiens avec les hérétiques, de ne point manger avec eux, de conserver entre eux une grande union, d'édifier tout le monde plutôt par les œuvres que par les paroles, d'être humains et affables envers les malades, de n'épargner ni veilles ni travaux, de braver tous les dangers pour sauver les âmes, et surtout de considérer dans chacun d'eux Jésus- Christ et de recevoir fréquemment notre divin Sauveur dans le sacrement de l'autel. Après leur avoir donné par écrit les instructions nécessaires, il les bénit et prit congé d'eux.
Ils suivirent l'expédition et se rendirent très utiles aux soldats blessés ou mourants, en leur administrant les sacrements et en leurfaisantla recommandation de l'àme. Ils furent aussi d'un grand secours dans les hôpitaux de Vienne, de Ala, de Comore, de Presbourg, où ils exerçaient les œuvres de charité de leur Institut. Ils prenaient également s in de ceux qui tombaient malades ou mouraient sous les lentes, pendant le siège de Strigonie, souffrant par amour et dévouement pour eux
mille incommodités du vent, du froid, de la pluie, particulièrement quand l'armée était en marche, étant alors contraints de les secourir dans les barques ou sur des chariots.
Pendant l'assaut qui fut donné à la ville de Strigonie, il arriva quelque chose de merveilleux et de providentiel. Le colonel Paluzzo était mourant d'un coup de pierre qui l'atteignit à Ja tête, sous les murailles. Un Père le vit dans ce triste état, et, sans redouter le danger évident auquel il s'exposait, il alla, un crucifix à la main, l'exhorter et le disposer à la mort. Une grêle de pierres pleuvait tout autour, aucune n'atteignit le Religieux intrépide qui remplissait à genoux ce devoir d'humanité et de religion. II semblait qu'il était couvert d'un bouclier impénétrable; il continua, sans manifester la moindre frayeur, jusqu'à ce qu'il eût accompli sa tâche. Les soldats le Regardaient de loin, et, pleins d'admiration pour son courage, ils louaient Dieu, qui voulut bien prouver aux Religieux de Camille qu'ils n'ont aucun danger à craindre lorsqu'en son nom et pour son amour ils secourent les chrétiens agonisants.
Strigonie ayant été prise et l'armée licenciée, ils retournèrent tous sains et saufs, moins le Frère Annibal Montagnoli, originaire de Padoue. Quand il était séculier, il était soldat et servait dans la cavalerie ; mais, désirant s'occuper sérieusement du salut de son âme, il déposa les armes, quitta la milice du siècle, pour s'enrôler sous la bannière des enfants de Camille. Il mérita en quelque sorte par sa bonne conduite que Dieu l'honorât de la