LIVRE SECOND
les sustenter, et la leur donnant souvent de leurs propres mains.
La ville de Naples se montra très généreuse à cette occasion ; elle envoya mille ducats pour être distribués aux pauvres, et qui leur furent de quelque secours.
C'est à Naples, où il était récemment arrivé, que Camille fut informé de la calamité qui affligeait Noie. Quoique très fatigué de son voyage sur mer, et souffrant de ses infirmités ordinaires, enflammé d'un saint zèle, il se prépara à aller dans cette ville, sans que les médecins et le supérieur de rétablissement pussent l'arrêter, en lui faisant un scrupule de conscience de s'exposer au danger évident de perdre la vie. Il n'écouta rien, et, s'élevant au-dessus de toute crainte, il se mit promptement en marche. Il voulut consoler et aider ses enfants dans celte redoutable épreuve, partager leurs périls, et se dévouer, comme eux, pour secourir la ville selon ses forces. Il arriva à Noie avec les Pères Curzio et Sanzio Cicatelli. Qui pourrait dépeindre l'extrême douleur qu'ils ressentirent à la vue des misères et de la désolation de ce peuple? Us ne purent s'empêcher de verser des larmes. Un pauvre malheureux, qui ne pouvait se tenir debout à cause de sa grande faiblesse, tomba mort aux pieds de Camille. La première œuvre du serviteur de Dieu fut de faire mettre en liberté un jeune homme que le gouverneur de Noie avait fait jeter en piison, parce qu'il ne voulait pas aider les Pères à enterrer les morts.
Si la vue d'une si grande calamité affligea pro-
fondement son cœur, l'ardeur et le courage que déployaient ses Religieux, quoique menacés d'une mort presque certaine, furent pour lui la source d'une grande consolation. En effet, accablés par d'immenses travaux et de continuelles fatigues, respirant un air vicié et corrompu, ils furent tous atteints par l'épidémie régnante. Il les fit transporter à Naples, et peu de jours après, cinq d'entre eux allèrent jouir du bonheur que Dieu leur réservait comme récompense d'une mort si glorieuse. Ce furent Thomas Troua, Piémontais; Marc di Marco, de Bologne; César Vico, de Fano; Mathieu Laurino et François Vitellino, tou3 les deux Napolitains. Ces hommes intrépides quittèrent ce monde avec tant de constance et de grandeur d'âme, qu'ils s'exhortaient mutuellement à la mort, s'estimant très heureux de perdre cette vie éphémère pour sauver des âmes; et leur bonheur fut si grand que le Père César Vico, quand il reçut l'Extrème-Onction, comme s'il eût commencé à jouir de la gloire qui l'attendait, chanta d'une voix suave : « Alléluia! Alléluia! » Comme ce Religieux était très bon musicien, pour le consoler au milieu de ses souffrances, Camille fit porter au pied de son lit un clavecin; et le malade, touchant de cet instrument, rendit son âme à Dieu, en chantant les louanges du Seigneur, sans gémir et sans se plaindre, comme font la plupart des hommes.
Camille remplit à l'égard de ces Pères l'office d'infirmier : il leur donnait à manger et les veillait pendant la nuit. Il leur fit la recommandation de