‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 117 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

lion de Jérusalem, peint parle prophète Jérémie. Le eiel paraissait d'airain, l'air était suffocant et comn e obscurci, et le soleil, dont la beauté et la douce lumière réjouissent le cœur de l'homme, lançait, pour ainsi dire, dans sa co^re, des rayons enflammés qui donnaient la mort.

On voyait dans la ville entière les portes et les fenêtres fermées, les rues solitaires, les églises et les autres maisons de prières désertes; les cloches étaient immobiles et muettes, et, si parfois elles s'agitaient, c'était pour annoncer les rigueurs incessantes de la mort par leur son triste et funèbre. Le petit nombre d'habitants qui survivaient étaient si pâles, si décharnés, qu'ils ressemblaient à des cadavres. Ce qui navrait surtout le cœur, c'était l'intérieur des maisons, où tant d'infortunés, consumés par des fièvres pestilentielles, n'avaient personne pour les visiter, pour les consoler et leur porterie moindre secours. Ils imploraient la mort comme un remède à leurs maux. Beaucoup de corps morts n'avaient d'autre lieu de sépulture que leur propre demeure, ce qui en augmentait la tristesse et l'horreur.

Les Pères, se confiant à la divine Providence, entrèrent avec courage dans cette ville désolée; et, fortifiés par la prière, ils commencèrent, sans perdre un seul instant, à travailler au soulagement de ces malheureux. Ils confessaient, donnaient le Saint-Viatique et l'Extrême-Onction , disposaient les agonisants à faire une mort chrétienne. Après leur décès, ils accompagnaient leurs dépouilles mortelles jusqu'au cimetière, en chan-

tant les prières accoutumées, pirce qu'il ne se trouvait personne pour s'acquitter de cet office. Par défaut de servants, ils furent plusieurs fois obligés de porter le Saint-Sacrement de l'Eucharistie seuls, sans flambeaux, sans clochette, sans dais, sans clercs ni séculiers, en un mot, sans l'appareil usité en pareille occasion parmi les catholiques. Néanmoins, afin de conserver quelque décence, autant qu'il était possible dans ce triste état de choses, celui qui portait le Saint-Sacrement de la main droite, tenait de la gauche un petit dais en forme d'ombrelle. Le vase des Saintes Huiles était suspendu à un cordon passé autour de son cou, et le Père allait ainsi, de maison en maison, fortifier les âmes des pauvres agonisants en les nourrissant du pain des Anges. Les Pères disaient la messe pour ceux qui pouvaient l'entendre; ils baptisaient les nouveaux-nés, et mariaient quelquefois des personnes qui se mouraient, ayant à leur côté l'objet coupable de leur infâme passion. Ils trouvaient beaucoup de morts qui avaient rendu le dernier soupir, non seulement depuis trois, quatre, mais depuis huit jours, et dont les cadavres en putréfaction exhalaient une puanteur insupportable et mortelle.

C'est à ces œuvres de piété, d'humanité et à d'autres semblables que se livraient les Pères, Ministres des infirmes, et le jour et la nuit, allant, non seulement dans la ville, mais dans la campagne, malgré les ardeurs de l'été, à la recherche des malades, leur portant de la nourriture pour

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