‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 123 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

quelque grâce signalée, et la grâce qu'il avait en vue, c'était de voir s'apaiser dans son Ordre les différends qui l'agitaient, et dont nous parlons. Camille et les membres de la Consulte, désirant donc faire disparaître toute occasion de dispute, supplièrent, dans ce saint temps, le Pontife Clément VIII de vouloir bien, par une nouvelle bulle, faire connaîire et résoudre toutes les difficultés. Il acquiesça volontiers à leur demande, à cause du grand attachement qu'il avait pour cet institut, et confia l'affaire, pour l'instance, à Camille, et pour la consulte à Mgr Antoine Seneca, qui fut évêque d'Anagni. Après plusieurs conférences tenues entre le Père Camille et les Consulleurs, et de l'avis du Cardinal-Prutecteur Salviali, et du cardinal César Baronius, d'après les ordres de Sa Sainteté, on forma divers statuts, en partie nouveaux, en partie confirmant ou expliquant les anciens de la première Bulle, lesquels furent présentés à Sa Sainteté, qui les approuva et les confirma tous par un motu proprio. On établit, entre aulre choses concernant la pauvreté, que l'Ordre pourrait posséder des biens et avoir des rentes perpétuelles, pour le maintien des noviciats et des infirmeries générales; néanmoins, que les Maisons Professes vivraient dans la sainte pauvreté. Quant au gouvernement, on supprima la perpétuité des charges, et l'on établit que la charge du Général et celle de Consultées ne seraient pas données pour la vie, mais seulement pour six ans; néanmoins que le Père Camille, en sa qualité de fondateur, serait per-

pétuellement maintenu dans l'office de Général. Quant à l'Institut, on ordonna que, partout où l'on pourrait le faire commodément, selon les Constitutions qui le permettent, on devait servir les malades des hôpitaux, de la manière que le Père Camille l'avait réglé, c'est-à-dire en résidant dans ces mêmes hôpitaux ; mais que là où se présenterait quelque obstacle ou inconvénient, où la chose ne pourrait avoir lieu, que l'on s'en tiendrait aux visites de chaque jour, comme cela s'était pratiqué par le passé, déclarant que dans ces visites consistait toute la force de l'Institut.

Ce ne fut pas sans prière et sans travail que Camille obtint cet heureux succès. D'abord, au commencement de l'année, il commença à faire, dès le second jour, les œuvres prescrites pourgagner le Jubilé- Il visita trentefois, à cette intention:, chacune des qualre églises de la station, Saint- Pierre, Saint-Paul, Saint-Jean, Sainte-Marie-Majeure, n'étant arrêté ni parle mauvais temps ni par la difficulté des rues, que les pluies continuelles et les boues de cet hiver avaient rendues presque impraticables. Tout le inonde fut étonné de le voir aller, trois ou quatre fois par semaine, dans ces églises, avec sa jambe malade, toujours à jeun, principalement pendant le Carême; mais ce qui causait la plus grande surprise, c'est que, au retour des stations, quelquefois après avoir monté l'Escalier Saint (1), — ce qui était pour lui très-

1. La Scala Santa. L'Escalier Saint, d'après la tradition, est celai qui était à la maison de Pilate, où le Sauveur des hommes a passé plusieurs fois. On l'a transporté de Jérusa-

pénible à cause de la plaie de sa jambe, — il allait nécessairement tard à l'hôpital du Saint- Esprit, et y veillait la nuit entière auprès des malados. Dans ces courses il se servait d'un bâtoiî, principalement quand sa plaie lui causait de trop vives douleurs. Il mm-lrsit par les rues avec tant de recueillement, qu'on l'aurait pris pour un novice récemment entré en religion; il gardait continuellement le silence, ou récitait le rosaire, ou parlait de choses spirituelles. Il termina les trente stations, le 2 avril, jour de la solennité de Pâques. Il fit dévotement la nuit du samedi saint une confession générale de tout le temps de sa vie, avec le Pèr^ François Profeta, non sans verser des torrents de larmes. Après avoir montré tant de zèle et de piété, il fut consolé par Notre- Scigneur, et trois jours avant l'expiration de cette année il obtint la Bulle susdite, oui mit fin aux controverses de l'Ordre et aplanit les difficultés qui avaient tant affligé son cœur.

Camille, voyant tous ses souhaits accomplis par celte Bulle, commença avec la plus grande ardeur à propager son Ordre dans diverses villes, recevant un grand nombre de novices et se chargeant du soin de beaucoup d'hôpitaux. Mais pour ne pas trop accroître ce volume en racontant en détail les travaux auxquels il se livra, résumant la matière en peu de lignes, nous nous contenterons de dire qu'à la fin de mai 1601, sur les instances

lera à Rome; les marches sont revêtues de cuivre pour le conserver. Ou ne peut le monter qu'à genoux. Il est vis-à-

du duc de Mantoue, Vincenzio IV, et du Père François de Gonzague, évêque de celte ville, Camille envoya le Père François Amadio y fonder une Maison. Le duc accueillit les bons Pères avec la plus grande bonté, leur céda la maison et l'église de Saint-Thomas, et les chargea du soin de l'hôpital.

Le mois suivant on envoyades troupes italiennes pour recouvrer Canizza, place très importante de la Croatie, prise depuis peu parles Turcs. Le pape Clément VIII et le grand-duc de Toscane demandèrent à Camille quelques-uns de ses Religieux pour assister les soldats malades et ceux qui mourraient dans leurs armées. Camille, se rendant à leurs désirs, en accorda huit au Souverain Pontife, cinq au duc. Ils travaillèrent tous avec une rare intrépidité pendant un an, et endurèrent, pour secourir les troupes, des fatigues incroyables, à cause de !a ligueur du froid et des autres incommodités qui accompagnent ordinairement les armées. Deux moururent, le Père Jean-Baptiste Picuro, Napolitain, et Jérôme Bevilacqua de Parme; le premier, dans l'armée du grand-duc, le second, dans celle de Sa Sainteté.

Il survint aux Pères, Ministres des infirmes quelques accidents extraordinaires qui méritent d'être mentionnés. Le camp étant établi sous les murs de Canizza, on lança contre leur tente deux boulets de canon et trois balles de mousquets de gros calibre, qui ne leur firent aucun mal; ce qui fut regardé comme une faveur de la Providence, car l'un des projectiles, du poids de quarante livres, passant au milieu d'eux pendant

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