‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 124 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

qu'ils étaient assis, s'abattit sur un coffre et brûla tout le linge propre qu'il renfermait, avec un manteau qui s'y trouvait aussi, mais respecta la Croix rouge, qui demeura intacte. Cet événement causa une grande surprise dans le camp, et fut regardé comme un prodige. Un des principaux officiers de l'armée la demanda, et il la portait sur sa poitrine comme une cuirasse impénétrable. L'autre projectile du même poids frappa la hampe du pavillon qu'il renversa, mit en pièces une chaise de bois sur laquelle se tiouvait assis, un instant auparavant, le Père Picuro, qui confessait un soldat, lequel entendant le >con du tambour, le pria de faire vite, parce qu'il devait se trouver à l'assaut, et, s'ils étaient restés un instant déplus, ils auraient été mis en lambeaux tous les deux.

Un autre Père reçut une faveur non moins grande; carie même boulet, avant d'abattre le pavillon, avait sur sa route emporté la tète de l'apothicaire, qui se promenait avec le Père devant la porte de la tente. De manière que, si le Religieux s'était dirigé du côté droit, comme il fit du côté gauche, il lui aurait emporté la tête, comme à l'a. pothicaire.

Revenons à Camille. Toujours enflammé de plus en plus du feu sacré de la charité, il se chargea du soin de l'hôpital de Santa Maria nuova de Florence. Il visita ensuite la Sicile, commençant par la Maison de Palerme, où il se rendit avec quelques galères d'Espagne. Il n'avait plus été dans cette ville depuis l'époque où, étant soldat, il joua tout ce qu'il possédait. 0 pouvoir de la grâce divine!

Il fut reçu ce! te fois avec tant de vénération, que le vice-roi, le duc de Maqueda, auquel Camille alla rendre visite par respect pour sa personne, se tint en sa présence debout et la tête découverte. Continuant à le combler de faveurs, le vice-roi voulut assister à la pose de la première pierre destinée à la nouvelle église des Pères, dédiée à sainte Nirnphe, que bénit et consacra dom Diego d'Azedo, archevêque de cette ville. Cette cérémonie solennelle s'accomplit avec un grand appareil et un grand concours de peuple, en présence de Camille, à la fin d'août de la même année.

Il passa de Palerme à Messine, où il fut accueilli avec tant de démonstrations de jo e par la population toute entière, que l'on se pressait sur ses pas pour le voir et lui donner des preuves de vénération et d'amour. On disait que, depuis saint François de Paule, aucun fondateur d'Ordre n'avait honoré ce royaume de sa présence, et chacun s'estimait heureux de lui baiser la main et de recevoir sa sainte bénédiction. La pieuse ville prouva sa dévotion pour Camille en donnant à l'Institut la somme considérable de deux mille cinq cents ducats, pour aider à la fondation : ce fut au mois de septembre 1601.

La fondation de l'Établissement de Palerme ne se passa pas sans prodige. Le boulet, lancé par l'artillerie ennemie, épargna la croix rouge dans le camp établi sous les murs de Canizza; à Païenne, dans l'église, la terre et les vers la respectèrent et n'osèrent ni la flétrir ni l'altérer. Voici comment la chose se passa. Quand on posa la

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