LIVRE SECOND
rent. Camille resta en oraison, silencieux, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel. Tout à coup quelques-uns de ceux qui étaient restés h-ur le pont descendirent en s'écriant pleins de joie : « Miracle! miracle! la tempête a cessé et les prières du serviteur de Dieu nous ont sauvé la vie. > Aussitôt ils se jetèrent tous aux pieds de Camille, lui baisant avec amour les mains et les vêtements. L'aurore, si impatiemment désirée, ayant commencé à paraître, ils arrivèrent sains et saufs à Naples, où notre saint célébra une messe d'actions de grâces, disant à tous : « Remercions le Seigneur, car celte nuit dernière il nous a sauvés miraculeusement. » Camille remarqua que la chiourme de la galère qu'il montait avait beaucoup souffert; touché de compassion, il envoya de sa maison du pain, du vin, de la viande, de la soupe et des fruits, afin de réconforter ces pauvres gens, qui étaient plas de trois cents, y compris les chrétiens et les infidèles. Il fit donner à chacun deux petits pains, une bouteille de vin, une demi-livre de viande. Étonnes de tant de générosité, ils ne cessaient de louer la bonté paternelle de Celui qui les avait sauvés du naufrage. Au commencement de Tannée 1604, il se chargea à Naples des trois hôpitaux : de II9 Annunziata, des Incurables, et de Saint-Jacques des Espagnols. Il s'y livra à des fatigues au-dessus de ses forces, ce qui lui occasionna de graves infirmités, accompagnées de douleurs si violentes, qu'il songea pour la première fois à se démettre de la dignité de Général, comme il fit plus tard.
Au mois de juin de celte année, Camille fonda une maison à Bocchianico, sa patrie, et une autre à Chieti, où ses Religieux se chargèrent du soin de l'hôpital.
Au mois de novembre de l'année suivante, sur les instances du comte Alexandre Sforza, il fonda une maison à Borgo-Nuovo. En février 1607, il prit à sa charge le grand hôpital de Gênes; depuis un an, il s'était chargé pour le spirituel du petit hôpital de la même vilte.
Au mois d'avril, il envoya le père François-Antoine Niglio fonder un autre établissement à Calatagirone en Sicile, sur la demande de cette municipalité. Il désirait ardemment, à cette époque, à cause du bien qui en résultait pour les pauvres, de prendre! le service des hôpitaux de Rome, de Messine, de Païenne et de quelques autres villes. Les députés n'y consentirent pas, et les administrateurs disaient que les visites journalières suffisaient, puisque l'on obtenait par elles à peu près tout le bien qu'il désirait.
Son zèle immense ayant propagé son Ordre en divers lieux, comme nous avons déjà vu, et se trouvant à la têle d'un si grand nombre d'hôpit tux, le vénérable serviteur de Dieu commença à sentir la pesanteur du lourd fardeau qu'il s'était imposé, et les graves difficultés que lui suscitèrent les patrons, les administrateurs et autres employés des hospices, le lui rendirent intolérable. En effet, ceux-ci craignirent, quoique à tort, que l'Institut ne s'introduisît dans un trop grand nombre de leurs maisons ; ils regardaient les