LIVRE PREMIER
moment les bonnes résolutions qu'il avait prises, absorbé dans de profondes méditations, considérant combien Noire-Seigneur avait été bon et miséricordieux à son égard, en lui conservant la vie au milieu de tant de dangers qu'il avait courus, quand il pensait si peu à lui. Embrasé du feu sacré du saint amour, il s'agitait, se tourmentait, remplissant Fair de soupirs et de sanglots, et rendait à Dieu mille actions de grâces pour cet inappréciable bienfait.
C'est par de semblables réflexions qu'il fournissait chaque jour un aliment nouveau au feu de ses ardents désirs, ne cessant jamais de s'acquitter — outre son travail ordinaire —des emplois les plus bas et les plus vils du couvent. Il nettoyait, balayait dans la cuisine, bêchait longtemps dans le jardin, se levait avec les Frères pour Matines, méditait tout le temps qu'ils passaient à faire l'oraisonmentale, prenait ladisciplineavecles religieux. Il jeûna tout le Carême, ce qu'il n'avait pas fait de sa vie, sachant à peine ce que c'était que jeûner. Le Père gardien avait compassion de lui en le voyant, après les fatigues continuelles de la journée, les augmenter encore, la nuit, par tant de pénitences et de disciplines; il lui répondait que : « ce qu'il faisait n'était rien, qu'il devrait, pour expier ses péchés, pratiquer bien d'autres macérations, ajoutant : « Si vous, mes Révérends Pères, « quiètes vieux et infirmes, et des hommes si par- « faits, faites tant de pénitences, pourquoi moi, qui « suis si jeune, bien portant, robuste, etsi grand pét cheur, n'en ferais-je pas de plus grandes encore ? »