LIVRE PREMIER
feuser un Dieu si miséricordieux et si bon? Ah! n'eût-il pas mieux valu pour moi n'avoir jamais vu la lumière du jour ? Pardonnez-moi, Seigneur, pardonnez à un grand pécheur qui tombe à vos pieds, et accordez-moi le temps de faire une sincère pénitence. »
C'est en prononçant ces paroles et d'autres semblables, qu'il pleurait inconsolable sur les égarements de sa vie, ne cessant dese frapper rudement la poitrine, n'osantleverlesyeux au ciel,tant étaient grandes sa honte et sa confusion. Il donnait un libre cours à ses larmes, restait toujours à genoux, remerciant la bonté divine de ce qu'elle l'avait si patiemment attendu jusqu'à celte heure. Il prit la ferme résolution de ne l'offenser jamais plus, de faire une rigoureuse pénitence, et surtout d'entrer le plus tôt qu'il pourrait dans l'Ordre des Pères Capucins. Il dit elrépéta plusieurs fois ces paroles : « Adieu, monde, adieu pour toujours ! »
Cet événement mémorable eut lieu le 2 février de l'an 1575, fête de la Purification de la sainte Vierge. Il avait alors vingt-cinq ans. Depuis ce jour jusqu'au dernier de sa vie, jamais sa conscience ne lui reprocha d'avoir commis un péché grave, du moins qu'il reconnût pour tel. Il avait une telle haine pour l'offense de Dieu, qu'il avait coutume de dire qu'il se laisserait mettre en pièces plutôt que de commettre un péché, non seulement mortel, mais même véniel, sciemment et volontairement.
Ce jour fut pour Camille, durant sa vie entière, un jour de fête; il s'y livrait aux doux épanche-
ments de la dévotion la plus tendre, conservant profondément gravé dans son cœur le souvenir de ce rare bienfait delà miséricorde divine, et il l'ap^ pelait le jour de sa conversion. Camille vint au monde pendant l'année sainte, et sa naissance combla de joie ses parents ; et ce fut encore dans une autre année sainte, qu'en renaissant à la vie delà grâce, il combla de joie les anges qui célèbrent par des chants de réjouissance, dans le ciel, la conversion d'un pécheur. Il devint tout autre, purifié par ses larmes, et reconnut qu'il devait ce bonheur à l'intercession de la sainte Vierge, le jour de sa Purification.
Camille remonta sur sa bête de somme, et s'achemina vers Manfredonia, bien différent de ce qu'il était avant son départ, tellement décidé à prendre l'habit de Capucin qu'il affirmait que, s'il en avait trouvé un sur sa route, il s'en serait revêtu sans la permission des Pères.
Arrivé à Manfredonia, il rendit compte au Père gardien de tout ce qui lui était arrivé, et tombant à genoux, répandant d'abondantes larmes, il lui demanda l'habit avec les plus vives instances. Le Père gardien resta surpris d'une dévotion si rare et des sentiments affectueux qu'il exprimait en lui faisant cette prière ; et reconnaissant clairement que ce changement venait du Ciel, il le consola et lui promit de le faire recevoir au plus tôt dans l'Ordre. Camille fut satisfait de cette réponse; il commença, dès ce jour, à fréquenter les sacrements et à se livrera des actes d'une austère pénitence, déplorant amèrement ses écarts. Il renouvelait à tout