‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 132 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

puisqu'ils se trouvaient dans la terre promise, après avoir échappé aux dangers de la mer; et qu'il les faisait asseoir à une table si belle, si abondante en mets recherchés ; il n'y avait que ceux dont nous avons parlé. Mais Notre-Seigneur peut-être, pour faire comprendre à ces Religieux pusillanimes, qu'il peut nourrir les siens dans le désert avec la manne, permit que le Frère Curzio Lodi, étant allé à l'hôtellerie chercher du vin, trouvât un petit garçon d'une grande beauté, revêtu de l'habit de FOrdre, avec une corbeille remplie de poisson*, disant à l'hôte s'il voulait en acheter. Comme celui-ci hésitait à en prendre, le Frère le fit décider à en acheter, et, les ayant fait apprêter, il les porta à Camille et à ses compagnons qui furent très étonnés d'être ainsi favorisés par la Providence.

Ne sachant où passer la nuit, ils se rendirent à la maison du syndic, qui, tout en s'occupant de les répartir dans différentes maisons, dit que quelques-uns pouvaient loger dans un appartement de l'hôpital. Camille, joyeux d'apprendre qu'il y avait un hôpital, remercia le syndic et lui dit qu'il n'avait pas à chercher d'autre logis, que l'hôpital était son véritable logement ; ils y allèrent tous, jetèrent quelques matelas parterre, et passèrent très mal cette nuit, sans pouvoir fermer les yeux, ni les portes, ni les fenêtres. Mais Camille se souciait fort peu décela, parce qu'il était au milieu de ses pauvres. Dès le matin il dit la messe, prit un bâton et s'en alla par terre à Naples avec quelques-uns des siens, toujours chantant

et louant Dieu. Il fit ce voyage de vingt lieue?, à pied, malgré les douleurs qu'il éprouvait à sa jambe malade. Les autres Religieux, qui n'osèrent le suivre par terre, montèrent, dans une barque pour se rendre dans la même ville.

Camille se vit obligé, au mois de novembre 1600, d\aband< nner le gouvernement de l'hôpital de Florence, comme nous l'avons déjà dit; il y avait trente Religieux, et il se trouva à cette époque dans un °;rand embarras, parce qu'il n'avait pas de quoi les nourrir, et même de quoi faire face aux dépenses nécessaires pour les envoyer ailleurs. 11 s'entretenait de ses peines avec le médecin Christophe Ottonaio; tout en lui parlant, il se tourna vers le saint Crucifix, en présente duquel il se trouvait, et lui dit : « Seigneur, aidez-moi, et vous qui pouvez secourir cette pauvre famille, ne nous abandonnez pas. » Chose étonnante! au même instant ils entendirent tinter la sonnette du parloir et virent entrer un homme inconnu qui, s'approchanl de Camille, le prit à part, et lui dit: « Vous avez besoin d'argent? » Camille répondit : « J'ai besoin de trois cents écus. » L'homme sortit, disant : t Je serai bientôt de retour. » Peu après il revint, portant un pelit sac d'argent, et le donnant à notre saint, il lui dit : « Prenez celte aumône, et servez-vous-en. » Se mettant ensuite à genoux, il lui demanda sa bénédiction. Le sac contenait trois cents écus. Camille demeura confus de cet événement tout à fait providentiel. Christophe Ottonaio, qui se trouvait présent, a affirmé avec serment ce fait, comme témoin oculaire.

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