‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 149 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

grand serviteur de Dieu demanda à Notre-Seigneur par de continuelles et ferventes prières de l'éclairer sur la conduite qu'il avait à tenir, et ordonna que l'Ordre entier joignît ses prières aux siennes. Et comme cette pensée s'était présentée à son esprit à l'époque où il fut éprouvé à Naples par cette infirmité qui lui causa de si vives douleurs, il commença dès lors à en faire part à des personnes d'un haut mérite, ne voulant pas se fier à son propre jugement. Le premier à qui il s'en ouvrit dans cette ville, fut le Père Fernand de Sainte-Marie, Carme déchaussé, son intime ami. Il en parla à Home aux Pères Flaminio, de l'Oratoire de S.dnt-Philippe de Néri, et Barthélémy Riccio, de la Compagnie de Jésus, au Frère Santi, gardien des Capucins. 11 eut des entretiens sur le même sujet avec Mgr Antoine Seneca, évêque d'Anagni. Enfin il communiqua sa résolution au cardinal Ginnasio, protecteur. Les avis fuient différents: les uns approuvaient sa détermination; d'autres pensaient que l'Institut perdrait beaucoup, s'il en abandonnait la direction. Pour ne pas rester dans l'anxiété et être délivré de tout scrupule, il en parla deux fois au Souverain Pontife, lui rendant compte de tout, et lui faisant comprendre qu'il voulait se retirer pour ne pas charge;* sa conscience. Le Pape renvoya la décision de l'affaire au cardinal Ginnasio qui, au mois de mars de l'année précédente, avait été nommé protecteur de l'Ordre. Le cardinal ayant principalement en vue la tranquillité de Camille, car il voyait qu'il était déjà vieux et infirme, fut d'avis de consentir

à la démission qu'il désirait si vivement, pour se livrer tout entier à la contemplation divine et au service des pauvres, espérant qu'il se rendrait ainsi plus utile à la religion par son exemple que par ses paroles.

Le cardinal, considérant qu'il s'agissait d'une action publique et de la plus grande édification, jugea convenable de convoquer une assemblée qu'il présiderait lui-même, où elle serait faite d'une manière solennelle, et dans laquelle on s'occuperait aussi de lui choisir un successeur. Le 2 octobre 1607, dans une salle de son palais, Camille, à genoux, renonça entre les mains du cardinal à la charge de Général, déclarant qu'il renonçait également à tout autre privilège, prééminence ou exemption, auxquels il pouvait avoir droit comme fondateur ; que sa volonté expresse était de rester en tout et partout sous le joug de la sainte obéissance. Le cardinal, faisant un juste éloge de cette sublime abnégation, répondit qu'il appréciait cette déclaration comme elle le méritait, mais qu'il voulait qu'on lui rendît les mêmes honneurs qu'auparavant, car ils lui étaient dus à cause de ses rares vertus, et parce qu'il était le père de l'Ordre tout entier.

Camille néanmoins, ferme dans sa résolution, commença le même soir à donner les plus beaux exemples d'humilité. Il ne voulut pas s'asseoir au réfectoire à la première place, destinée au Père Supérieur. Il prit celle qui lui échut, à la table commune, au milieu des prêtres, parmi les plus jeunes. Tous admirèrent cette soumission, et la plupart

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