‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 15 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Le lendemain matin, il fut rejoint par quelque? Pères Capucins qui allaient aussi à Trivenlo, où se tenait leur Chapitre. Ils lui assurèrent que c'était l'endroit le plus dangereux de cette rivière; que, s'il eût fait quelques pas de plus, il aurait été englouti par le courant, comme cela était arrivé à beaucoup d'autres. Il rendit à Dieu mille actions de grâces, et reconnut que, s'il avait échappé à un danger si imminent, c'était un bienfait dont il était redevable à son Ange gardien.

Arrivé à Trivento, on le revêtit du saint habit; mais désirant se consacrer sincèrement au service de Dieu, il renonça à la dignité de prêtre, content d'être Frère lai. 11 persévéra quelques mois, donnant un si rare exemple de toutes les vertus, en particulier, de l'obéissance et de l'humilité, qu'on l'appelait le Frère Humble; mais Dieu permit que l'habit, battant continuellement sur le cou-depied, renouvelât son ancienne plaie, qui s'élargit de manière qu'elle le forçait de boiter. Quand il fut admis à prendre l'habit, il ne crut pas devoir trop s'en préoccuper, et même en ayant donné avis au Père Montefiore, celui-ci l'encouragea et lui dit qu'il n'avait rien à craindre, que lui-même, avant d'entrer en religion, ii avait les deux jambes malades, et que, lorsqu'il eut revêtu l'habit sacré, il se trouva guéri. Enfin la plaie le tourmentant au point que les remèdes n'apportaient aucun adoucissement à son mal, et que Ton désespérait de sa guérison, il fut contraint, à son grand regret et à celui des Pères, de sortir de l'Institut. La première fois, le Père Provincial, Jean de

Tlmsa , le voyant si triste et si affligé, exprimant sa douleur profonde par des torrents da larmes, lui promit de lui faire reprendre l'habit, quand il serait guéri de sa plaie.

Encouragé par cette prudente promesse, son âme en reçut quelque consolation; il accepta cette épreuve, comme venant de la main de Dieu, toujours fermement résolu d'accomplir le dessein qu'il avait formé de marcher en tout temps, en tout lieu, malgré tous les obstacles, sur les traces de l'unique objet de son amour, son Jésus crucifié.

Ensuite, désirant ardemment rentrer le plus tôt possible en religion, il s'achemina une seconde fois vers Rome, non seulement pour obtenir la guérison de sa plaie, mais aussi pour gagner le Jubilé de l'année sainte, promulgué cette année 1575, par le pape Grégoire XIII.

Comme il s'était si bien trouvé, la première fois qu'il fut à Rome, dans l'hôpital de Saint-Jacques, où sa plaie avait été guérie, il se mit de nouveau à servir les pauvres. Là, avec un genre de vie, grâce au ciel, bien différent de celui qu'il avait mené la première fois, il servit environ quatre ans, montant de grade en grade, en passant par tous les emplois de la maison. Il assista les pauvres avec une ardente charité, leur prodiguant ses soins et la nuit et le jour, et marchant à grands pas vers la perfection.

11 choisit dans ce temps-là pour son père spirituel l'illustre saint Philippe de Néri, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire, florissante alors à

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