LIVRE SECOND
rageusement dans le chemin royal du Calvaire, cherchant par le crucifiement delà chair et de ses convoitises à orner son âme des vertus les plus rares. Il avait coutume de dire dans ces commencements : « Maintenant, grâce à la bonté de Dieu, il ne me reste autre chose à faire qu'à gémir sur le temps que j'ai passé sans acquérir de mérite, à m'unir étroitement à mon Seigneur, à faire une ample moisson de bonnes œuvres, et à me préparer à la mort, qui ne peut tarder. » Il disait également, qu'un des principaux motifs qui l'avaient déterminé à prendre cette résolution, c'était d'assurer son salut, et de n'être plus maitre de sa volonté, en la tenant subordonnée à celle de ses Supérieurs. Et il affirmait que, depuis l'époque de la résignation de sa charge, Dieu lui avait accordé une très grande grâce en lui faisant connaître avec plus d'évidence les misères et les écueils de la mer orageuse du monde.
Et ce renoncement était si absolu et si vrai, que s'étant retiré dans la suite dans l'hôpital delVAnnumiata de Naples, malgré l'invitation du Père Biaise de Opertis, il ne voulut pas assister au cinquième Chapitre général, tenu à Rome le 16 mars 1608, où fut élu Préfet général le même Père Biaise de Opertis.
Dans l'hôpital delVAnnunziala il se dévoua pendant quelque temps au service des malades, se livrant fréquemment aux exercices qui fortifient l'âme, à la prière et à la mortification. Camille vivait de cette vie heureuse et tranquille, se réjouis an t de voir prospérer ses enfants. Il ne
leur adressait jamais la parole pour les instruire ou les corriger, mais il le faisait par des acles et des œuvres vivantes de charité, ce qu'il faisait également dans les villes où il se trouvait. Il demeurait ordinairement dans les hôpitaux, qui étaient pour lui de véritables maisons de plaisance, pour nous servir de ses propres expressions.
Il passa de Naples à Gênes, d'où il écrivait en ces termes à un de ses Religieux : « J'ai jugé à propos de vous écrire encore pour vous faire savoir comment je me trouve dans ma maison de plaisance, le saint hôpital, inondé de consolations et de délices spiriluelles, avec l'espérance que Notre- Seigneur me fera la grâce de passer les quelques jours qu'il me reste à vivre dans ces saintes Maisons. Oh! mille fois heureux ceux qui goûtent ces suavités célestes! »
Écrivant à un autre Religieux de Païenne, il repéta la même chose, et lui dit : t Après vous avoir salué en Noire-Seigneur Jésus-Christ et exprimé le désir de vous voir saint, je vous apprendrai que je me trouve à Gênes dans ma maison de plaisance, le saint hôpital, par la miséricorde de mon Dieu qui me fait cette grâce. J'espère qu'il me la continuera durant le peu de jours que j'ai encore à vivre. Que votre Révérence m'aide de ses prières. Mon Père, le temps est précieux, employons-le utilement; que celui qui peut se sauver se sauve. Il ne s'agit pas de choses de peu d'importance, le ciel, l'enfer, la gloire, les tourments infinis, la compagnie de Dieu, de ses