‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 154 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

anges, des élus ; d'un autre côté, la compagnie de Satan, des démons et des âmes réprouvées; Quand s'éclaircira ce mystère? Quand viendra la mort? Peut-être cette nuit, peut-être aujourd'hui môme, quand il plaira au Seigneur. Heureux le serviteur qui veille! ô bienheureux les Ministres des infirmes, s'ils emploient utilement le talent que le Seigneur a déposé dans leurs mains, s'ils travaillent à sa vigne sainte en menant une vie toute d'abnégation et de dévouement, et en se montrant miséricordieux envers les membres souffrants de Jésus-Christ Nôtre-Seigneur?»

Après avoir passé les jours entiers dans les hôpitaux, quand il se rendait à la Maison pour y passer la nuit, bien loin de prendre du repos, il voulait qu'on l'appelât et qu'on l'envoyât aider les malades de la ville à bien mourir. Gomme les Supérieurs condescendaient rarement à ses désirs, pleins de compassion pour lui, à cause de ses nombreuses infirmités, le vénérable Père s'en plaignait, et leur donnait à entendre qu'ils ne devaient avoir aucun égard pour lui, et qu'il ne voulait jouir d'aucun privilège.

De Gènes il passa à Milan avec d'autant plus de plaisir que cette province était plus difficile, et offrait un plus vaste champ à son zèle. Là, il semblait ne goûter d'autre plaisir et d'autre délassement qu'à êlre nuit et jour avec les pauvres du grand hôpital, où les ( c^upations étaient nombreuses, s'y livrant à des travaux continuels. Un Religieux, écrivant à ce sujet au Père Sanzio Gicatelli, s'exprime ainsi dans une lettre du 3 sep-

tembre 160S : « Notre Père Camille, par la grâce de Dieu, va bien; son humilité et son abnégation causent de l'admiration à tous; quant au travail auquel il s'emploie, il nous fait trembler. Il est de garde chaque nuit; il ne dort que quatre heures; il donne la Communion et l'Extrême Onction aux malades, aide à enterrer les morts, et chaque jour adresse des instructions aux pauvres, son crucifix à la main. » Ce sont les expressions de la lettre.

Malgré tant de fatigues et quoique occupé sans cesse à des œuvres de piété difficiles et pénibles, qui, au premier aspect, paraissent dures et insupportables aux sens, il se trouvait très heureux. Voici comment il s'exprimait dans une lettre adressée à un Père de l'Institut : < Que Votre Révérence prie Dieu pour moi en particulier, afin que Notre-Seigneur me fasse retirer de mon heureux état ce fruit qu'elle désire, c'est-à-dire que j'arrive au sommet de la perfection religieuse; et qu'elle sache que, par la grâce de Notre-Seigneur, je me trouve si content, que je n'échangerais pas mon état contre le monde entier, ni contre un autre état quelconque, sans en excepter un seul. »

Dans l'hôpital de Milan, sans parler de mille attentions délicates qu'il avait pour les malades, son amour lui suggérait toujours quelque chose de nouveau pour leur soulagement.il se fît acheter une pelle de fer, et il passait la journée entière à nettoyer et à racler le pavé de l'hôpital et des chambres, pour chasser les mauvaises odeurs, entretenir la propreté, et pour que les pauvres ne se salissent pas les pieds en se levant. Un jour quel-

ques gentilshommes étant venus lui rendre visite le trouvèrent — ce qui les édifia beaucoup — près d'un lit remplissant cet humble ministère, et ils dirent : « Camille fait certainement plus que ce que rapporte la renommée. » Qui pourrait en effet raconter tout ce dont est capable une âme embrasée du feu sacré de la charité?

Cette vertu sublime le fit pourvoyeur des pauvres. Il parlait continuellement aux administrateurs des hôpitaux de leurs besoins, les faisant ressouvenir qu'ils manquaient de chemises, de linge, de drap et d'autres choses nécessaires. Il les avertissait, quand la viande était dure ou mal cuite, quand le vin était mauvais, ou les soupes mal faites. Il voulait que pendant les rigueurs de l'hiver on plaçât des bassins remplis de braise dans les salles pour les échauffer; et il était si empressé à faire accorder aux pauvres tout ce qui pouvait les soulager, que certainsadministraleurs et servants, ne pénétrant pas le motif élevé qui le guidait dans ses démarches, en étaient ennuyés, et le regardaient comme importun et fatigant. Mais lui ne s'arrêtait pas à leurs paroles piquantes : il continuait, sans se décourager, à procurer du soulagement aux infirmes, non seulement dans ces menus détails, mais aussi en conseillant et en proposant des améliorations plus considérables.

A Milan, il exhorta souvent les administrateurs à séparer l'infirmerie des femmes, dans l'hôpital des hommes, et à Naples, dans celui deW Annunziata, à démolir les petites chambres des malades,

afin que l'hôpital fût plus spacieux, moins huraide et plus aéré.

Se trouvant à Milan, comme nous avons dit, il reçut l'ordre du Général et des Gonsulteurs de se rendre promptement à Gênes, pour visiter cet Établissement. II était alors très souffrant de la plaie qu'il avait à la jambe; mais, pour montrer sa parfaite obéissance, il partit aussitôt et répondit en ces termes à la Consulte : « J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'ordonnez de me rendre à Gênes. Elle m'a été remise hier, et je pars aujourd'hui. Je ne cesserai de travailler, afin que tout aille bien, sans commander à personne, exhortant tous et leur donnant le bon exemple dans toutes mes actions. »

Arrivé à Gènes, il remit les choses en bon état. Comprenant que les membres de la Consulte avaient commencé à le faire intervenir de nouveau en matière de gouvernement, il leur écrivit ainsi : « J'aurais pensé à toute autre chose, excepté à cela. Vos Révérences m'ont commandé de faire cette visite, je l'ai faite très volontiers pour deux raisons. La première, pour pratiquer la sainte obéissance, que j'ai promise et que je n'ai jamais connue par expérience. La seconde, parce que j'espère que Notre-Seigneur en sera glorifié, et qu'elle contribuera au bien de la Religion. Au reste, que Vos Révérences sachent que j'ai assez commandé pendant vingt-trois ans, et qu'il est temps que je pense à moi-même; cela, non pour fuir les fatigues, mais pour la gloire de Dieu, pour mon propre salut et le bien de l'Ordre. Je sais que Vos Révérences ne l'ignorent pas.

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