‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 155 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Toutefois les jugements de Dieu sont impénétrables, et je me soumets à tout ce qui sera prescrit par la sainte obéissance, et tout ce qui sera la sainte volonté du Seigneur. Soyez convaincus que je serai toujours fidèle à mes Supérieurs et aux statuts de l'Ordre. Quant à ma jambe, elle va un peu plus mal qu'à l'ordinaire, la plaie est devenue un peu plus grande. J'ai commencé aujourd'hui à lui donner quelque repos, afin que le mal n'empire pas. »

Voilà jusqu'à quel degré d'abnégation était arrivé ce saint et vénérable Père, Fondateur de l'institut ! Sa vie entière n'avait été qu'une suite continuelle de tourments et de fatigues : il se trouvait vieux, blessé, accablé d'infirmités ; bien loin de vouloir conserver quelque apparence de supériorité, il montra une prompte obéissance, travaillant dans sa vieillesse avec une nouvelle ardeur, comme s'il avait passé sa jeunesse dans l'oisiveté.

Quoiqu'il déployât la plus grande activité dans tout ce qui se rattachait au service de Dieu et de l'Institut, toutes ses actions étant un acte continuel d'amour de Dieu et du prochain, il était cependant dans une grande anxiété, doutant s'il était en grâce avec Dieu. Écrivant à ce sujet, le 5 décembre 1608, au Père Alexandre Gallo, il lui dit : « Vous me priez de vous écrire si je suis content ; je vous dirai que, grâces à Dieu, je me trouve tellement content que je ne sais si je puis l'être davantage, sauf deux choses qui m'inquiètent. La première, c'est d'ignorer si je suis en grâce avec Dieu ; la seconde, c'est que je désirerais que le

Seigneur me fit connaître si mes péchés m'ont été pardonnes. Voilà ce qui me rendrait plus content, et vraiment content. »

Dans une autre lettre il donne à entendre qu'il éprouve toujours quelque peine de voir l'Ordre grevé de tant de detles. Écrivant à un autre Père, il lui dit : « Au reste, faites-moi la charité de ni 'écrire de temps en temps que vous et les autres, vous vous portez bien ; s'il y a beaucoup de malades à l'hôpital et dans la ville ; si Ton s^ rend à l'hôpital du Saint-Esprit; comment vont les aumônes, etsi Notre-Seigneur nousaenvoyéquelque secours pour le dégrèvement d'une partie de nos dettes, ce qui me serait d'une grande consolation, parce que c'est moi qui les ai contractées. Et entre autres choses que je demande au Seigneur dans mes faibles prières, c'est qu'il diminue nos dettes. J'espère que le Seigneur me fera cette grâce, et d'autres encore. »

Si le vénérable serviteur de Dieu n'eut pas, dura ;t sa vie, la consolation de voir l'Institut libre de dettes, peu après sa mort la divine Providence accorda cette grâce à ses enfants : Dieu leur rendit avec usure l'argent qu'ils lui avaient prêté, en le faisant servir au soulagement des pauvres. En 1G22, Fernand Soto, de Rome, les laissa héritiers de la somme d'environ cent mille écus, avec lesquels on put payer toutes les dettes contractées par le Père Camille. Ce fut un véritable miracle, et l'on vit se vérifier ces paroles prophétiques qu'avait coutume de répéter le saint Fondateur : « 11 viendra un temps où Dieu enverra à l'Institut des

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