‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 157 sur 237 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Du genre de vie que suivait Camille dans l'hôpital du Saint- Esprit, à Rome.

Le Père Camille, après avoir passé quelque temps dans les hôpitaux de Milan et de Gênes, se rendit à Home, à la fin du mois de juin de l'année 1609, où il résolut de fixer sa résidence, afin de consoler son âme parla visite des saints lieux de cette religieuse cité. Mais, désirant mourir les armes à la main, occupé à des œuvres de charité, il obtint du Général la permission de passer les nuits dans l'hôpital du Saint-Esprit, pourassisterlesmourants et ceux qui se trouvaient atteints des maladies les plusgraves. Le prieur del'hôpital,lechanoine François Bosio, lui assigna pour habitation une chambre étroiie, formée de quelques planches grossières, avec une petite fenêtre donnant sur le Tibre, sans ornement ni abri.

Il commença, dès la fête de la Toussaint de cette année, à suivre un genre de vie digne d'admiration, si l'on considère ses infirmités, ses souffrances et son grand âge. Toutes les nuits, après avoir dormi quatre ou cinq heures, il se levait, descendait à l'hôpital et priait quelques instants devant le très saint Sacrement. Ensuite il jetait un coup d'œil sur tous les lits, faisait une courle visite, pour s'assurer s'il y avait des moribonds, ou quelqu'un en danger ; il leur demandait ordinairement,, ou bien à ceux qui occupaient les lits voisins, s'ils s'étaient confessés et s'ils avaient communié, et il leur administrait les sacrements qu'ils n'avaient pas reçus. Il leur faisait faire leur profession de foi, conformément à l'usage de la sainte Église, ou leur donnait l'Extrême-Onction, et ne les quittait que lorsqu'ils étaient morts, ou qu'ils étaient disposés à bien mourir. Il leur donnait à baiser son crucifix, ou son rosaire, ou quelque médaille bénite, afin qu'ils gagnassent l'indulgence plenière, et leur faisait invoquer les saints noms de Jésus et de Marie.

Cette courte visite terminée, il retournât à sa chère chapelle, s'agenouillait, devan' le saint Sacrement, ou au pied de l'autel de la sainte Vierge, pour laquelle il avait une dévotion particulière, et faisait une heure d'oraison mentale, obligation imposée par la règle. S'il y avait quelque agonisant, il la faisait auprès du lit du malade, pour l'aider dans ce moment critique, jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir, lui prodiguant tous les secours que réclamait son état.

Pendant l'hiver, l'oraison achevée, — il la faisait ordinairement à genoux, et elle durait quelquefois deux heures et demie, — il commençait à visiter de nouveau tout l'hôpital avec la plus grande att ntion, il allait, de lit en lit, couvrant les infirmes, leur chauffant les pieds, séchant les chemises ou les draps mouillés, ramollissant les oreillers. En été, quand l'hôpital était rempli de malades, dont le nombre s'élevait à plus de quatre cents, et qu'il les voyait tourmentés par la soif, il parcourait les salles avec une aiguière remplie d'eau fraîche, pour leur rincer la bouche et les faire boire. Oh! avec quelle sainte allégresse le pieux Camille entendra le Sauveur lui dire au jour du jugement : « J'ai eu soif, et vous m'avez donné a boire. » Si Notre-Seigneur enseigne dans saint Ma tthieu ( 1 ) que « celui qui donnera un verre d'eau froide à un pauvre, au nom d'un de ses disciples, aura sa récompense, » quelle sera la récompense du compatissant Camille qui a étanché la soif de tant de malheureux, consumés par les ardeurs dévorantes de la fièvre ?

Cette œuvre charitable terminée, il en commençait une autre non moins ulile, qu'il appelait le rafraîchissement. Il faisait rôtir sur le gril quelques tranches de pain blanc, les trempait dans le vin, et les donnait lui-même à ceux qui étaient les plus affaiblis et qui en avaient le plus grand besoin; il leur donnait également un œuf frais, un peu de consommé, un biscuit, quelque fruit confit, ou

(1) Matthieu, x, 42.

quelque autre friandise, selon la faiblesse ou les besoins de chacun. Ce secours rendit leurs forces naturelles à un très grand nombre de malades sans vigueur, qui reprirent, pour ainsi dire, une nouvelle vie.

Et son humilité et son amour pour ses semblables étaient si grands que, pour se procurer ces provisions, il parcourait les maisons des personnes qui lui étaient dévouées, leur demandant des œufs frais, ou des conserves, ou de l'argent pour acheter ces objets avec lesquels il réconfortait ses pauvres amaigris et languissants. Quant à l'aumône qu'il recueillait, il la déposait entre les mains de l'administrateur de l'hôpital, ne voulant pas avoir de l'argent en son pouvoir.

Ilvoulaittoujours être présent, quand on donnait les médecines, afin d'encourager ceux qui éprouvaient de la répugnance à les prendre ; et lorsqu'ils les avaient avalées, il leur distribuait des tranches d'orange, ou des fragments de grenade, pour en corriger le mauvais goût et en adoucir l'amertume. Quand le moment de leur donner la communion approchait, il réveillait tous ceux qui devaient communier, leur demandant s'ils avaient mangé ou bu depuis minuit, ou s'ils avaient besoin de se réconcilier, et les exhortait à recevoir avec de saintes dispositions l'auguste Sacrement de l'autel. La communion étant faite, il engageait chaque communiant, l'un après l'autre, à ne pas dormir, à s'abstenir de cracher pendant quelque temps, à demander pardon de ses péchés, disant que c'était le moment de s'entretenir avec Dieu

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