‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 158 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

et de s'occuper del'affaire si importante du salut. Il s'assurait si les saintes espèces étaient entièrement reçues, craignant de voir se renouveler les abus graves qui avaient existé autrefois. Il faisait ensuite quelques lits, changeait de linge à ceux qui en avaient le plus grand besoin, sans se laisser arrêter par les exhalais >ns fétides par amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces œuvres de charité et d'autres semblables, qu'il faisait ordinairement dans les ténèbres et le silence de la nuit, n'avaient pour témoins que les malades ou quelques servants à moitié endormis; mais elles n'échappaient point aux regards vigilants de Dieu et de ses Anges. Il offrait ces travaux pour tant de misérables pécheurs qui, à cette heure, étaient plongés dans le sommeil, ou occupés à commettre l'offense de Dieu. Et quoique cette fatigue dût nécessairement être très grande, — cet exercice commençait à minuit et finissait le matin, — il se plaignait néanmoins que les heures étaient courtes, et que l'horloge du Château Saint-Ange marchait trop vite, car il lui semblait qu'il n'avait rien fait pour le service des pauvres. Dès le matin, quand il aurait pu être en spectacle aux hommes, il dérobait aux regards ce trcsor d'oeuvres saintes qu'il avait amassé, laissait un compagnon à sa place, <*t se retirait dans sa celiule pour y réciter l'office divin, recherchant ce lieu solitaire pour n'être ni empêché, ni interrompu par les plaintes des pauvres, les demandes ou les cris des malades. L'office terminé, après avoir pansé sa plaie, il descendait à l'hôpital, disait la sainte

messe, qu'il offrait pour les besoins de l'Église et de son Institut, pour les infirmes, et en particulier pour ceux qui se trouvaient en danger de mort. Après l'action d<j grâces, il retournait encore à l'hôpital, où il faisait diverses œuvres de charité. L'heure du dîner arrivée, il ne restait point oisif, donnait de sa propre main la nourriture aux malades, ou distribuait à quelques-uns d'entre eux une pomme ou une poire rôtie. Après le dîner, malgré tant de fatigues, il faisait quelques lits, le visage rayonnant de joie, la bouche souriante; puis il se rendait à la Maison, dînait, et après un entretien de deux ou trois heures, il retournait continuer sa tâche à l'hôpital, comme la nuit et le jour d'auparavant, avec tant d'allégresse et de contentement, qu'il pouvait chanter avec David : « Heureux l'homme qui se montre compatissant et libéral (1)! »

Les dimanches et fêtes de précepte, il allait ordinairement se reposer dans la maison de la Communauté. C'était pour entendre ces jours-là le sermon, car son âme était affamée de la parole de Dieu, pour se trouver le soir aux exercices spirituels des Pères, aux conférences du Supérieur, et faire la coulpe, à genoux, en plein Chapitre.

Tant d'œuvres de piété ne l'empêchaient pas de châtier son corps par la pénitence. Il prenait tous les jours la discipline ; les vendredis et les samedis il dormait tout habillé sur quelques planches, afin de pouvoir se lever plus promptement à minuit. Quoiqu'il fût affaibli par l'âge et

(i) Jucundus hoino qui miseretur et coinniodat. Ps. exi, 5.

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