LIVRE SfcCOND
expérience. Camille se décida à les suivre. Il fut donc contraint de quitter L'hôpital; et en effet l'obéissance seule pouvait l'arrachera cet asile chéri, qu'il avait habité trois ans et quelques mois, où il avait amassé par ses œuvres de piété, ses travaux et ses pénitences, « ces trésors célestes qui échappent à l'action de la rouille, et trompent l'avidité des voleurs ».
Ce voyage fut extrêmement pénible pour lui, parce que, faisant peu d'attention à sa faiblesse extrême, il ne voulut seprocuier d'autre commodité qu'une monture ordinaire; et Ton était ému de compassion pour lui, quand on le voyait monter et descendre, car il fallait qu'il fût aidé par quate hommes robustes, tellement il était affaibli et exténué dans ces dernières années. A son départ de Rome, il ne voulut pas, par humilité, prendre congé d'un grand nombre de cardinaux et de prélats qui l'es limaient et l'aimaient beaucoup; il se contenta des marques de reconnaissance de ses pauvres, auxquels il donna de tainis avis, selon le besoin de chacun. Il recommanda au Maître des novices les malades qui étaient le plus en danger, lui enjoignant en particulier de veiller avec la plus gran le attention à ce qu'aucun d'eux ne mourût sans les Sacrements.
Il arriva à Naples brisé par les fatigues de la route, et son état souffrant s'aggrava au point qu'il garda plusieurs jours le lit. Sa santé se réta blit : le Général et les Consulteurs lui ordonnèrent d'aller visiter les maisons de l'Abruzze, parmi lesquelles se trouvait celle de Bocchianico, sa patrie,
où ils espéraient que l'air natal lui serait favorable : ce qui eut lieu en effet; il y arriva au mois de mai.
Il paraît que la Providence l'envoya précisément à cette époque pour venir su secours de Bocchianico, qui était alors en proie à une épouvantable famine. Le blé avait manqué aux habitants, et après avoir consommé toute sorle de provisions, les pauvres gens se virent réduits à n'avoir d'autre aliment que de l'herbe. Cette nourriture rendait leurs visages pâles et décharnés, causait parmi eux un grand nombre de maladies, et la plupart mouraient lentement après de cruelles souffrances. D'autres, pour ne pas se voir exposés, eux et leurs enfants, aux conséquences terribles de cette affreuse disette, invoquaient la mort qu'ils préferaient aux tourments de la faim. Camille, voyant que les gouverneurs de la ville ne prenaient aucune mesure pour combattre le fléau, comme un tendre père et un véritable ami de sa patrie, s'efforça de venir au secours de ses concitoyens.
Il visita l'office de l'Établissement, et trouva que ses Religieux avaient fait une ample provision de fèves, de pois chiches, de figues sèches et d'autres comestibles de cette nature, destinés pour l'hiver. Il ordonna qu'on distribuât largement aux pauvres honteux tout ce qu'il y avait dans la maison, et qu'on portât à leurs domiciles ce qui suffisait pour leur conserver la vie. Des aumônes étaient faites aux pauvres qui arrivaient par centaines à la porte du couvent. 11 faisait aussi chaque matin cuire