‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 165 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

garder chez lui un Français, qui jouait le rô)e de néeromant. Camille, affligé de la perte de son parent, lui écrivit une lettre sur une demi-feuille, pour l'exhorter à abandonner ce projet ridicule, lui prédisant que, s'il persévérait, il lui coûterait la vie. La lettre était ainsi conçue :

« Mon cher neveu en Jésus-Christ,

Pax Christi.

« Noire Père Général m'a informé que vous prêtiez l'oreille au projet ridicule de trouver des trésors ; si vous n'y renoncez pas, il pourra devenir la cause de votre ruine, tant de celle de l'âme que de celle du corps et de la fortune; c'est pourquoi je vous supplie de ne plus vous occuper de ces chimères, de penser plutôt à vivre en bon chrétien, dans la crainte de Dieu et l'observance des saints commandements du Seigneur. Vous serez heureux, si vous vivez en bon chrétien; mais si vous faites le contraire, vous courrez évidemment le danger de tomber dans l'enfer. Ainsi, pensez à vous-même, et que Dieu vous tienne sous sa garde.

« Votre Oncle,

« Gênes, 5 juillet 1613. »

La lettre fut écrite le jour susdit. Alexandre se trouvait sur la place de Bocchianico, disposé à faire son voyage, après avoir fait une bonne provision de pioches, de pelles, de marteaux et d'autres instruments nécessaires; il était entouré de ses amis, la tête singulièrement préoccupée, lorsque cet;e lettre cachetée fut mystérieusement remise entre ses mains, sans que Ton sût, nique l'on vît qui la lui avait donnée. Il demanda à ses compagnons, s'ils avaient vu quelqu'un s'approcher de lui; ils n'avaient vu personne, et ils ne surent point lui dire qui la lui avait apportée. Extrêmement surpris de l'événement, et reconnaissant que l'adresse et l'écriture de la lettre étaient delà propre main de son oncle Camille, il y vit un miracle évident, d'aulant plus que la date de la lettre était du jour même, 5 juillet, et qu'il en fallait nécessairement plusieurs pour qu'elle arrivât de Gênes à Bocchianico, la distance entre ces deux villes étant de plus de deux cents lieues. Désillusionné pir ce prodige, il congédia son gentilhomme français et ses autres compagnons, et renonça tout à fait à son projet chimérique. Il fit connaître à plusieurs personnes la cause de son désenchantement, et leur montra à l'instant la lettre qu'il leur lut, ne cessant de faire mille signes de croix, à cause d'un si grand miracle.

Après la mort d'Alexandre, cette lettre resta entre les mains de Félix Leporino de Villamagna, son beau père, homme excellent, et c'est de lui que l'obtint le Père Sanzio Cicatelli, qui la présenta à l'occasion du procès qu'on fit à Rome pour la

Page 1