LIVRE SECOND
11 partit de Bocchianico universellement regretté
et pleuré de tous ceux qui Favaient entendu dire qu'il ne les reverrait plut. 11 retourna à cheval à Naples, où il s'arrêta quatre mois, et de là se rendit à Home. Le lendemain de son arrivée, il sortit de la Maison, non pour aller se promener dans la campagne, mais pour aller travailler à la vigne du Seigneur; c'est ainsi qu'il appelait l'hôpital; et comme un Religieux lui disait : « Père, reposezvous aujourd'hui et demain, et vous pourrez ensuite aller voir vos pauvres, puisque vos infirmités vous rendent si faible, si souffrant. — Là est mon délassement et mon repos, » répondit le Père Camille. Il partit, appuyé sur son bâton, s'arrêtant souvent à cause de sa grande faiblesse; et lui qui avait besoin de médecin, de consolation et de soins, il se mit à visiter lentement les malades, les salua, leur parla avec bonté, fit les lits de ceux qui étaient le plus souffrants, affirmant que l'hôpital était son lieu de prédilection, où il trouvait toujours l'occasion de faire le bien et d'acquérir beaucoup de mérite.
11 assista au cinquième Chapitre général tenu à Rome le 1er avril 1613, dans lequel fut élu Général le Père François-Antoine Niglio, Napolitain, alors Provincial de Rome; et ce dernier ayant résolu de visiter les Établissements de l'Ordre, jugea nécessaire d'amener avec lui le Père Camille. Celui-ci, de son côté, désirait voir, avant de mourir, comme il disait, toutes les Maisons et les hôpitaux de la Lombardie. Il entreprit ce dernier voyage, commençant par visiter la Sania Casa de
Lorette, où il dit la messe, demandant, avec une grande effusion de cœur et des larmes abondantes, à la très sainte Vierge qu'elle daignât lui être propice et le protéger dans le dernier combat, il passa ensuite par ies Maisons de Bologne, de Ferrare, de Mautoue et de Milan, laissant partout de saints et admirables enseignements. Ses enfants étaient profondément affligés, quand ils lui entendaient dire avec amour que peut-être ils ne le rc verraient plus en cette vie. Et la plupart, comme les anciens chrétiens d'Éphèse, qui embrassaient saint Paul et le suivaient jusqu'au navire, ba.saient respectueusement les mains de Camille et raccompagnaient en versant des larmes.
Il arriva à Gènes, ville qu'il aimait et estimait beaucoup a cause de la libéralité extraordinaire qu'avait montrée la noblesse envers l'Institut et les pauvres de l'hôpital; la, son mal empira beaucoup, et le réduisit à une faiblesse extrême. Il fut continuellement visité et comblé d'attentions par les principaux personnages delà République.
Tandis qu'il se trouvait à Gènes eut lieu un événement extraordinaire qui mérite d'être raconté. Il fut informé que son neveu, Alexandre de Lellis, donnait dans un travers d'esprit qui a coûté à plusieurs la vie et la fortune: c'était d'aller à la recherche des trésors. Il sut qu'il était sur le point, de partir pour aller faire une rare découverte dans un lieu appelé Morrecino, où il avait appris qu'après quelques coups de pioche, il trouverait des vases remplis de monnaies d'or, précieuses par leur antiquité, et qu'il avait le malheur de