‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 167 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

et lui ordonnèrent, entre autres choses, de ne point réciter l'office pendant quinze jours, et démanger de la viande en tout temps. On ne saurait dire la peine que cet ordre lui causa. Les quinze jours n'étaient pas encore écoulés qu'il dit au Préfet de la Maison, auquel il se confessa tout le temps que dura sa maladie : « Quand le médecin viendra, demandez-lui si je suis assez malade pour ne pouvoir pas dire l'office divin ; prenez garde de ne rien ajouter de vous-même, quand il aura parlé; et laissez-le ordonner ce qu'il voudra. » Et comme le Préfet lui disait qu'il ne fût pas en peine, que les quinze jours n'étaient pas écoulés : « Il est bon de s'assurer de toute manière, lui répondit-il, pour ne pas commettre d'erreur; car qui sait si le médecin entendait que les quinze jours devaient commencer, quand il donna la permission?» C'est pourquoi il se crut obligé de faire rigoureusement tout ce qu'il avait prescrit. Un vendredi, ayant à prendre un bouillon gras et tenant la tasse à la bouche, il la relira, en disant : « D'après quelle permission? » Et l'infirmier lui ayant assuré qu'il l'avait, il fallut que plusieurs autres personnes lui dissent d'une manière positive que le médecin l'avait ordonné ainsi ; il prit alors le bouillon. C'est aveccelte réserve qu'il ne mangea jamais de viande les jours prohibés, et qu'il ne cessa de réciter l'office qu'après une défense formelle du médecin et du Supérieur de la maison, pour ne pas troubler sa conscience par le moindre scrupule.

Comme, dans les commencements, il semblait que son état s'était un peu amélioré, il eut le désir

d'aller à Saint- Pierre visiter le tombeau des Apôtres. Dans celte visite, à peine fut-il arrivé au p. Mit du château Saint-Ange, que, tirant les rideaux de la portière de la voiture, il regarda avec attendrissement son cher hôpital du Saint-Esprit, où il se fit conduire; et, mettant pied à terre, il visita tous les malades, comme l'ont affirmé deux Religieux qui le soutenaient. Ce fut un spectacle édifiant que de voir, dès son entrée à l'hôpital, presque tous les servants et les employés venir lui baiser les mains et lui témoigner leur vénération respectueuse, se disant les uns aux autres : « Maintenant il faut nous montrer plus vigilants, parce que le Père Camille est parmi nous ; » tant était profond le souvenir de son zèle ardent et de la charité admirable avec laquelle il veillait à ce que le service des pauvres se fit ponctuellement.

11 passa ensuite à Saint-Paul, où il recommanda avec une grande ferveur aux saints Apôtres sa personne et son Ordre tout entier. Quelques jours après, comme il lui semblait qu'il était mieux, il retourna à pied au même hôpital. Ce fut la dernière fois qu'il visita cet Établissement, où, après avoir fait quelques œuvres de charité, il paraissait ne pouvoir s'éloigner de ses pauvres, leur disant entre autres choses : « Dieu sait, mes chers enfants, le plaisir que j'aurais à rester avec vous, mais je ne puis être ici que de cœur. » Il prit ainsi congé des pauvres, et s'éloigna d'eux pour ne plus les jamais revoir.

En retournant à la Maison, il éprouva une si grande faiblesse, qu'il tomba presque en défail-

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