LIVRE SECOND c
lance, et fut obligé d'entrer dans un magasin pour s'y reposer, en attendant qu'il pût être reconduit à l'Éiablissement. Tandis qu'il était au lit dans sa chambre, il apprit qu'il y avait quelques malades à l'infirmerie, et, ne pouvant résister au désir qu'il avait d'assister les personnes souffrantes, il se levait souvent, se revêlait de ses habits, et allait les exhorter à la patience, en leur disant : « Puisque je ne puis aller à l'hôpital, j'y suppléerai au moins en visitant ici mes Frères infirmes. * Certainement aucun d'eux n'était plus mal que lui, car deux Frères pouvaient à peine le faire tenir debout; mais les Supérieurs lui accordaient ces permissions, pour qu'il pût au moins satisfaire un peu l'ardeur dévorante qui consumait son âme.
On ne saurait dire combien il était triste quand il entendait la cloche donner le signal du départ pour l'hôpital : il portait saintement envie aux Pères et aux Frères qui s'y rendaient; il voulait savoir leurs noms, leur disant au retour : « Que vous êtes heureux, mes Pères, d'avoir été travailler à la vigne du Seigneur, en servant les pauvres! » Comme s'il ne les avait jamais servis lui-même! A cette époque il ordonna à son compagnon de ne céder la clef de la chambre de l'hôpital qu'après sa mort : « Je sais que je ne suis pas présent à l'hôpital de corps, mais j'y suis présent de cœur et d'esprit, et je tiens à en garder la clef comme un gag-.? précieux. »
Se trouvant au lit, et voyant que le mal empirait, — c'était une fièvre lente, occasionnée par la plaie de sa jambe, — il dit en maintes occasions,
qu'il n'eu échapperait pas. 11 donnait pour raisous qu'il était vieux et chargé d'infirmités, que la matière qui sortait de sa plaie était très abondante, que Dieu seul pouvait faire un miracle, mais qu'il était assuré qu'il ne guérirait pas; paroles qui plongeaient les assistants dans l'affliction la plus profonde.
Le premier jour du mois de mai de l'an 1614, il fit appeler le matin le Préfet de la Maison, et lui demanda s'il avait fait prendre les saintes huiles nouvellement bénites; celui-ci répondit que non; Camille ajouta que la nuit précédente il y avait songé, et il donna sur-le-champ des ordres pour cela, « parce qu'elles seraient bientôt nécessaires, disait-il, pour le Frère Jean-Marie de Vérone et ensuite pour lui. » Le Préfet obéit à l'instant. Le Frère Jean mourut la nuit d'après. Ainsi le Père Camille ne cessait de s'occuper du salut de son âme, et de penser aux précautions à prendre en vue de sa mort prochaine.
Une réunion de médecins eut lieu en sa présence, au sujet de sa maladie, et après avoir tout entendu, il prédit sa mort, et leur adressa ces paroles : « Messieurs, j'ai employé beaucoup de remèdes tant à Naples qu'à Gênes, et ici à Rome, néanmoins, on ne voit aucune amélioration dans mon mal, d'où je conclus qu'il y a là quelque secret de Dieu. Et qui sait si le Seigneur ne veut pas me faire souffrir quelque chose pour sa gloire? »
On lui annonça, le jour suivant, que les médecins avaient déclaré que la maladie pouvait être