LIVRE SECOND
serviettes, du linge propre, des oreillers et autres choses de service; et quand il en avait fait usage, elles les reprenaient et les conservaient religieusement comme de précieuses reliques. On avait une si haute idée de sa sainteté, qu'une femme arriva au parloir avec son enfant dans les bras, et demanda qu'on la conduisît auprès du Père Camille, afin qu'il le bénît et le guérît d'une certaine maladie dont il se trouvait atteint. Onne fit pas droit à sa demande, à cause du grand déplaisir qu'aurait ressenti le vénérable Père, et parce que, en l'admettant, on aurait vu arriver auprès du saint vieillard une grande foule de tous les quartiers de la ville. Les séculiers n'étaient pas les seuls à rechercher avecun grand empressement ce qui avait été à l'usage de Camille; ses Religieux n'eurent pas plus tôt perdu l'espérance de le conserver, qu'ils commencèrent par s'emparer de tout ce qui lui avait appartenu. Ce pieux empressement fui porté si loin, que, à peine avait-il bu dans un verre, ou fait usage d'autre chose semblable, ils s'en emparaient à l'instant, et l'objet ne reparaissait plus. Ceci se passait sans que le saint homme en eût connaissance. 11 s'en aperçut un jour qu'on avait échangé son rosaire ; un Père en avait acheté plusieurs semblables au sien, et quand Camille l'avait récité, il le prenait et lui en donnait un autre. Notre Saint s'en étant aperçu, défendit à l'infirmier de lui prendre son rosaire , qu'il plaçait sous son oreiller.
11 ne négligea rien de ce qui pouvait l'aider dans cette circonstance. Il fit demander des prières aux
Religieux de tous les couvents et monastères de Rome : tous promirent de prier p^ur lui, et il prenait un grand plaisir à entendre leurs réponses. Il écrivit non seulement des lettres à ses Religieux, mais encore à plusieurs personnes qui lui étaient dévouées, les suppliant de s'intéresser à lui auprès de Dieu, de faire célébrer des messes afin que Dieu lui accordât une heureuse mort, -promettant de se montrer reconnaissant dans le ciel, si le Seigneur lui faisait miséricorde. Tous lui répondaient en lui adressant des paroles de consolation. Il écrivit en particulier à Naples à une grande servante de Dieu, Julie de Castelli, bienfaitrice de l'Ordre, qui avait pour lui la plus haute estime, et dont nous avons parlé dans le premier livre ; voici ce qu'elle lui répondit :
« Mon très honoré et très révérend père,
« J'ai appris par votre lettre, en date du 21 de ce mois, votre grave maladie; je vous laisse à penser, à vous qui savez combien je vous ai tendrement aimé en Jésus-Christ, combien cette nouvelle m'a profondément affligée. Que le Seigneur soit béni, lui qui a voulu, par ce coup si fatal, remplir d'amertume le peu de jours que j'ai encore à vivre; mais ce qui me console, c'est la pensée de la récompense infinie que la divine Majesté accordera à vos immenses travaux. J'accepte l'offre que vous me faites d'être mon intercesseur auprès de Notre-Seigneur, et j'espère que, comme vous l'avez toujours été dans ce monde, vous le serez