LIVRE SECOND 29o
mime, par humilité, et pour y entendre chaque jour la Messe. Il exécuta sa résolution lejour même de la fête de la Pentecôte.
Il était réduit à une si grande faiblesse, que, n'ayant que quinze pas à faire de sa chambre à l'infirmerie, il fut obligé de se reposer, quoiqu'il marchât appuyé sur les Frères qui le soutenaient, tellement courbé que le front touchait les genoux. Son confesseur lui dit ce jour-là : « Mon Père, ce matin en célébrant la sainte messe, j'ai demandé à Dieu, s'il le jugeait convenable, de vous accorder une plus longue vie. » Quant à lui, remuant la tête en signe d'improbation, et comme pour faire comprendre qu'il désirait quitter ce monde et s'unir à son bien-aimé pour toujours, il répondit : a Si Dieu veut que je vive pour sa gloire, que sa sainte volonté soit faite. Au reste, peu importe que l'homme vive plus ou moins, puisqu'il faut enfin mourir, et que la même crainte de la mort qu'il a maintenant, il l'aura toujours, l'homme qui meurt n'étant jamais sans crainte, à moins que Dieu ne lui révèle qu'il ?era certainement sauvé. Il est vrai que Ton doit corriger et tempérer celte frayeur naturelle par la confiance dans la divine miséricorde, dans les mérites et le sang précieux do Jésus-Christ. »
Quand on sut à Rome que son mal s'aggravait, et qu'il était en danger, une foule de prélats de religieux et de séculiers de (tout rang, s'empressèrent de le visiter. On n'admettait que les personnes les plus pieuses, de peur que le trop grand nombre de visiteurs ne l'inquiétât et ne nuisit à
sa santé. Ceux qui jouissaient de cette faveur étaient extrêmement édifiés non seulement en l'entendant parler, mais en voyant un Fondateur d'Ordre, non pas dans une salle commode, mais dans la pauvre salle commune à tous les malades, dans un lit étroit, recouvert de quelques méchantes couvertures. Quand les visiteurs prenaient congé de lui, tous ordinairement se mettaient à genoux et demandaient sa bénédiction. Un vieillard de Florence, appelé Dominique, qui avait une grande vénération pour Camille, vint un jour lui rendre visite ; et, comme ce dernier prenait alors certains remèdes, il ne lui fut pas possible de le voir. 11 retourna le jour suivant, et on lui dit encore qu'il était dans un état de souffrance qui ne lui permettait pas de le recevoir, il se prit à pleurer amèrement, en disant : « Mes Pères, si vous ne me laissez pas voir le Père Camille, je ne m'éloignerai pas de la Maison; je mourrai ici avec lui; je ne veux pas le fatiguer, mais seulement le voir et recevoir sa bénédiction. » On crut devoir le contenter à cause des sentiments extraordinaires de respect et d'amour qu'il manifestait. On le vit, au sortir de l'infirmerie, exprimer par mille gestes sa joie et son bonheur; il disait comme le saint vieillard Siméon : « Maintenant je mourrai en paix, parce que j'ai vu mon bon Père Camille, et que j'ai reçu sa sainte bénédiction, plus précieuse à mes yeux que tous les trésors de la terre. » Ceux qui pouvaient se procurer des objets qui lui avaient appartenu s'estimaient heureux; beaucoup de personnes qui le vénéraient lui envoyaient des