CHAPITRE XXII
Lettres que le Père Camille écrivit à toutes les maisons de son Ordre dans cette dernière maladie.
Notre -Seigneur traita si favorablement le Père Camille et lui accorda une mort si douce, qu'il put largement accomplir tout ce que le devoir et la tendre amitié demandaient de lui. Il crut devoir prendre congé de ses enfants, répandus dans un si grand nombre de contrées de l'Italie, et en véritable Père il leur écrivit la lettre suivante, pleine de saints avis où se révèlent ses rares vertus, et qui fut comme son testament ; il leur dit:
« Au nom de la 1res sainte Trinité, de la glorieuse Vierge Marie et de toute la cour céleste, très révérends Pères et très chers Frères en Jésus- Christ. Je croirais manquer à mes obligations, avant de quitter cetle vie, — car très probablement je passerai bientôt dans l'autre, me trouvant accablé de nombreuses infirmités, entièrement abandonné des médecins, — si je ne vous disais avec franchise et une grande simplicité ce qu3 j'ai pensé et ce que je pense de notre Institut, afin que vous marchiez tous dans cette droiture et cette fidélité que Dieu demande de nous, et que vous ne laissiez pas enfoui le talent précieux que Notre-Seigneur a placé dans vos mains pour vous faire gagner des mérites et obtenir la vie éternelle. Or, on peut croire pieusement, et avancer presque avec certitude que la fondation de notre Ordre s'est faite miraculeusement pour la plus grande gloire de Dieu, le salut des âmes et le soulagement corporel de nos Frères; qu'il est nécessaire à la chrétienté, conforme en tout à l'Évangile et à la doctrine de Notre-Seigneur, qui, durant sa vie mortelle, nous a donné l'exemple de l'amour du prochain en guérissant toutes sortes d'infirmités. Chaque page de nos saints livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ne nous prêchet-elle pas la charité? J'ai dit que l'existence de notre Ordre est, pour ainsi dire, un miracle évident, surtout si l'on considère que la Providence a bien voulu se servir d'un misérable pécheur tel que moi, ignorant et rempli de mille défauts et de mille fautes qui méritent l'enfer. Mais Dieu est le