‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 174 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

maître, il fait ce qu'il lui plaît, et ce qu'il fait est infiniment bien , etpersonne ne doit s'étonner qu'il se soit servi pour cette œuvre d'un tel instrument, puisque sa plus grande gloire, c'est de faire de rien des choses admirables (1). Et comme le démon n'a cessé, et ne cesse de faire tous ses efforts pour que cette plante, qui promet à l'Église tant de fruits heureux, soit détruite, anéantie, et qu'il est à craindre que, s'il ne le peut sous l'apparence du mal, il n'agisse sous i'apparence du bien, prenant tous les moyens possibles pour arriver à sa fin; et comme il pourrait en particulier se servir de nos propres règles, sous prétexte de les rendre plus parfaites, pour y porte? atteinte et altérer notre saint Institut, prenez garde de vous rendre coupables de ce sacrilège qui provoquerait la colère du Très-Haut. Je vous exhorte donc tous, vous qui faites partie de l'Ordre et ceux qui en feront partie duns la suite, à ne pas dépasser les bornes de la sagesse (2), et à suivre avec une grande simplicité ce qui est établi dans nos Bulles données par le Saint-Siège, et à en êlre tous les très fidèles défenseurs : heureux celui qui le fera, malheureux celui qui ne le fera pas. Et quoique le vœu de pauvreté soit compris parmi les prescriptions de notre saint Institut, néanmoins je crois devoir dire et rappeler à tous, présents et avenir, s'ils désirent s'acquitter, comme il convient, du service des pauvres malades, tant dans les hôpitaux que dans les maisons particulières,

(1) Mirabilia. Ps. xevu.

(2) Non plus sapere quam oportet sapere. Rom., xn, 3.

302 VIE DE S. CAMTLLE DE LELLTS

où Ton doit toujours continuer à faire la recommandation de l'âme aux agonisants, qu'ils doivent, avec une scrupuleuse exactitude et un mâle courage, garder rigoureusement la pauvreté telle qu'elle est établie dans nos Bulles ; car notre Ordre se maintiendra d'autant plus que la pauvreté sera plus religieusement gardée. C'est pourquoi je vous engage tous à ne pas être infidèles à ce saint vœu. Ne vous laissez pas tromper par le démon, sous le spécieux prétexte que vous ne pouvez vivre avec les aumônes ordinaires; c'est là un piège évident pour ruiner notre œuvre. N'y a-t-il pas dans l'Église un grand nombre d'Ordres mendiants qui font profession d'une pauvreté plus stricte que la nôtre? Et cependant Notre- Seigneur pourvoit à tous leurs besoins. Qui pourrait douter qu'il ne pourvoie à ceux du nôtre, surtout parce que notre Ordre a principalement pour but le salut des âmes des mourants et lesoulagement corporel du prochain, soit dans les hôpitaux, soit dans les maisons des particuliers, œuvre sublime et si agréable non seulement à Dieu, mais encore au prochain, lequel, tant qu'il aura, pour ainsi dire, un morceau de pain, le partagera avec nous. Ainsi nous ne devons pas craindre de manquer du nécessaire, puisque, grâce à Dieu, nous en aurons même au delà, si nous sommes fidèles à accomplir notre devoir.

Je veux aussi vous recommander l'union, la paix et la concorde entre les Pères et les Frères, puisque, pieusement parlant, ce n'est pas sans un dessein mystérieux que la divine Providence

Page 1