LIVRE SECOND
tant d'agonisants, leur a doucir le passage terrible du temps à l'éternité, et fonda l'Institut qui
aide à bien mourir.
L'heure si longtemps désirée pour Camille approchait, où, comme lu serviteur vigilant et fidèle, sa lampe à la main, il allait sortir pour recevoir l'époux qui devait l'introduire dans la salle du festin nuptial, plein de joie d'avoir souffert le froid rigoureux de la nuit et les ardeurs brûlantes du jour pour travailler à la vigne du Seigneur. Il était une heure et quart de la nuit, quand, l'infirmier interrompant ses entretiens avec Die'u, la sainte Vierge et les Anges, pour lui demander s'il voulait prendre quelque chose, Camille lui répondit : « Frère, ce n'est pas le moment de penser au corps, mais à l'âme, attendez un quart d'heure. » Dans cet intervalle, ce grand serviteur de Dieu devait prendre possession du royaume de vie. Le terme approchait où l'âme devait briser les liens terrestres, et malgré sa faiblesse extrême, il prononçait de temps en temps les noms sacrés de Jésus et de Marie. Le Préfet de la Maison lisait la recommandation de l'âme. Le Père Marcel Manzio, consulteur, lui adressait des paroles de dévotion; le Père Cosme Lenzi, de l'autre côté, le crucifix à la main, le faisait ressouvenir du sang du Rédempteur du monde et de sa valeur infinie, comme il l'avait ordonné. Le quart d'heure s'étant ainsi écoulé, noire saint, les yeux fixés sur le crucifix, donnait des signes d'une grande joie, les mains étendues et les bras en croix, ayant toujours à la bouche et dans le cœur les saints nom^ de Jésus
et de Marie, bénissant l'auguste Trinité, invoquant l'Archange saint Michel. Quand on récita ces paroles : Que Jésus-Christ se montre àvous avec un visage doux et serein (!), le visage calme et riant, sans faire le moindre mouvement, et sans la moindre altération dans ses traits, il leva les yeux au ciel, et alla se reposer dans le séjour du bonheur, rendant à son Créateur cette âme fortunée qui avait été créée pour sa plus grande gloire. Son visage conserva la même sérénité, et il paraissait plutôt endormi que mort. En lui se vérifièrent ces paroles du prophète : « Après avoir accordé le repos à ses élus, le Seigneur les met en possession de son héritage (à). *
Prends ton essor, âme bienheureuse, sur les ailes rapides de ton ardente charité; va te placer au milieu des Séraphins dont le chœur habite cette sphère brûlante du feu sacré du pur amour qui t'embrasait. Ne crains pas, tu trouveras auprès de Dieu miséricorde, parce que tu as été miséricordieux envers tous... Devant toi s'ouvriront les portes éternelles, toujours ouvertes aux Pères des pauvres. Homme vraiment héroïque, modèle parlait de l'abnégation et du dévouement, objet de prédilection de la miséricorde divine, il prouva par sa vie et son exemple, que le véritable amour n'est pas dans la langue et les paroles, mais dans l'action. Il aima Dieu de tout son cœur, de toute
(1) Milis atque festivus Christi Jesu tibi aspectus appareat. Bit. Rom.
(2) Cutn dederit dilectis suis soninum, ecce haereditas Doîuiui. (Psal. cxxvi,2.)