LIVRE SECOND
liano, un autre Médecin immortel m'attend. » Un Père vint dans l'infirmerie et vit le serviteur de Dieu qui, sans parler, tenait les yeux fixés sur le tableau delà Passion, et semblait s'entretenir intérieurement et d'une manière affectueuse avec Jésus-Christ, et s'étant aperçu qu'on le voyait, il interrompit ses communications intimes avec son bien-aimé, et son visage redevint calme et serein.
Quand on sonna Y Angélus, à midi, il salua la très sainte Vierge en récitant la prière ordinaire, quoique sa langue fût tellement desséchée qu'elle pouvait à peine se mouvoir. Une autrefois, entendant sonner l'horloge, il demanda quelle heure il était, et comme on lui répondit que c'était trois heures du soir, il dit : « Que ce jour est long ! » attendant avec impatience la nuit où son âme devait se dépouiller de son enveloppe terrestre, et aller se reposer dans le ciel avec Jésus-Christ. Il ordonna que plusieurs prêtres l'assistassent, réunis autour de son lit, récitant les psaumes et faisant d'autres prières pour lui. Il répondit aux litanies et aux autres prières de la recommandation de l'âme qui lui élait faite par son confesseur. Celuici aspergeait le lit d'eau bénite, et Camille, n'ayant senti aucune goutte sur son visage, lui dit : « Encore, encore de l'eau bénite! » Et le Père, lui faisant le signe de la croix sur le front, lui jeta de l'eau bénite avec l'aspersoir. Le maladefut satisfait, et lui dit : « Maintenant, c'est bien. »
C'était un spectacle digne d'admiration de voir combien il se montrait attentif à tout ce qu'on fai-
sait pour le bien de son âme, et avec quelle ardeur il baisait les médailles bénites attachées à ses mains, et le côté sacré du Sauveur mort, sur lequel il fondait l'espérance de son salut. Son cœur était embrasé des feux de l'amour divin, et il était intimement uni à Dieu : néanmoins il se plaignit une fois d'être froid et sans ferveur. C'était par un sentiment d'humilité, et à cause de Tardent désir par lequel il était emporté vers le souverain Bien, ne formant plus qu'un vœu, celui d'être délivré de la prison de son corps et d'être réuni à Jésus- Christ; ainsi, il se croyait dans la tiédeur, parce que ce sentiment affectueux n'était pas porté au plus haut degré. Il conserva jusqu'à la fin si bien sa parfaite connaissance, comme ;1 lavait toujours demandé à Dieu, que le soir, quand on sonna Y Angélus, il prononça très distinctement la prière accoutumée.
La bonté de la divine Providence pour Camille se manifesta avec évidence dans sa mort, qui fut accompagnée de circonstances si heureuses, qu'elles ne permettent pas de douter de son salut. Sa longue maladie, dont il connut le danger dès le commencement, l'usage de ses facultés intellectuelles qu'il a conservé jusqu'au dernier soupir, la dévotion et la piété qu'il a toujours montrées, les sacrements reçus en temps opportun et avec les plus rares dispositions, lesaintemploi du temps au milieu des plus cruelles souffrances, tout concourut à rendre sa mort précieuse devant le Seigneur. Une semblable mort devait être réservée à celui qui déploya un si grand zèle pour assister