‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 209 sur 237 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Les quatre miracles approuvés pour la Béatification et la Canonisation de saiut Camille.

Quoique les faveurs miraculeuses obtenues de Dieu par l'intercession de saint Camille, comme nous l'avons déjà vu, aient été fort nombreuses, et que la plupart d'entre elles aient été attestées par des procès juridiques, faits soit à Rome, soit ailleurs, par les Ordinaires de divers pays, de sorte qu'on ne peut raisonnablement révoquer en doute leur authenticité, néanmoins, pour se conformer aux décrets d'Urbain VIII et des Souverains Pontifes, ses Successeurs, neuf seulement furent soumises à l'examen rigoureux de la Congrégation des Rites, choisies parmi celles qui remplissaient parfaitement les conditions requises par ces mêmes décrets. Sur les neuf, deux obtinrent l'approbation solennelle du Souverain Pontife Benoit XIV, dans son décret du 13 novembre 1741. Le premier miracle fut opéré sur la personne de Catherine Maceroni, jeune fille âgée de onze ans. 11 s'était formé dans Tune de ses narines un polype

charnu d'où s'écoulait avec abondance une humeur maligne, qui lui avait fait enfler démesurément le visage et l'avait totalement défigurée. La fièvre s'ensuivit, ensuite les spasmes, enfin la gangrène. Les chirurgiens employèrent tous les moyens de Fart pour combattre un mal si affreux; ils eurent recours à des remèdes violents, firent même usage du feu; mais, bien loin devoir leurs efforts couronnés de succès, la maladie ne fit qu'empirer davantage. La plaie causée par le feu devint un ulcère fétide, qui commença à jeter des matières purulentes et contagieuses qui, après avoir corrodé et carié l'os du nez, rendit tout traitement ultérieur impraticable à cause de leur écoulement extraordinaire. L'enfant était pensionnaire dans le monastère de Sainte-Catherine à Viterbe, et l'on fut contraint de la séparer du reste de ses compagnes, séparation qui ne fit qu'aggraver sa tristesse et son découragement. Heureusement pour elle, elle fut confiée aux soins d'une Religieuse qui avait une grande devolion à saint Camille. Celle-ci l'exhorta à avoir confiance dans la puissante intercession du grand serviteur de -Dieu., dont on proclamait tous les jours les récents et éclatants prodiges, et après avoir imploré son assistance avec Marguerite, elle appliqua deu <; fils de la chemise du Saint sur la partie gangrenée. A cet instant elle cessa d'éprouver la moindre douleur et s'endormit d'un sommeil paisible qui durala nuit tout entière. A son réveil, le lendemain matin, il ne resta pas le moindre vestige de l'enflure, ni de l'excroissance des chairs, ni delà gangrène, et

les partiesmalades redevinrent comme elles étaient dans Tétat de santé. Les médecins étant arrivés furent extraordinairement surpris de cette merveille, et donnèrent l'attestation authentique de ce miracle évident, qui fut dans la suite juridiquement confirmé par les Religieuses qui avaient vu la jeune fille, le jour précédent, dans la triste situation dont nous avons parlé. Ce miracle eut lieu à la fin de novembre de Tan 172S, et reçut le premier l'approbation pontificale.

Le second miracle approuvé pour la béatification de saint Camille arriva au mois de janvier 1728. Catherine Dondoli Ferrante, de Home, était entrée dans le, sixième mois de sa grossesse, quand elle fut subitement attaquée d'une fièvre maligne et d'une inflammation des plèvres et des poumons; chacune de ces maladies pouvait facilement, comme le prouve l'expérience, occasionner la mort. Outre ces graves infirmités, dont la violence lui avait enlevé toute connaissance et l'avait rendue frénétique, elle avait un ulcère àla gorge, et se trouvait oppressée par l'abondance des humeurs d'un catharre très prononcé. Quatre médecins très habiles employèrent toutes les ressources de leur art pour la guérir; mais l'état de l'infortunée, vaincue par la violence du mal, empirait d'heure en heure, en sorte que, d'après l'avis des médecins, elle reçut les derniers sacrements, pour se disposer à la mort regardée comme inévitable. Le vicaire de la paroisse de Sainte- Marie del Popolo, qui lui faisait la recommandation de lame, fut pressé par une jeune personne

que la mort de cette malheureuse femme allait plonger dans l'affliction, de tenter sa guérison avec les reliques de quelque saint; suivant ce conseil comme un avis venu du ciel, et ayant sur lui une lettre qui contenait d3 la poussière bénie de saint Camille, il lui en fit prendre dans une cuillerée de bouillon. Au même instant la malade prit une vigueur nouvelle et extraordinaire, et, s'étant relevée elle-même, elle s'assit sur le lit. Ayant ensuite invoqué le nom de saint Camille, toutes les personnes présentes la virent descendre rapidement du lit, sans éprouver la moindre incommodité des maux qui la tourmentaient naguère, de manière que ce fut un spectacle aussi merveilleux que consolant de la voir vaquer librement aux occupations les plus pénibles de la maison. La vérité de ces deux miracles fut solennellement confirmée par le Saint-Siège apostolique, dans la cause de la béatification du Saint.

Les prodiges continuels qui s'opéraient tous les jours par l'intercession du Bienheureux, et les nombreuses instances que Ton faisait de tous côtés pour que l'on s'occupât de sa canonisation, portèrent le Souverain Pontife Benoît XIV à solliciter le décret de la reprise de cette même cause, et par conséquent le nouvel examen des deux miracles opérés après sa béatification. On en présenta un grand nombre, dont les deux suivants furent solennellement approuvés par le même Pontife, et par un décret émané le lor mai 1746.

Il y avait dans le district de Caprarola une fille vertueuse, nommée Lucie-Thérèse Petli, qui, par

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