‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 211 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

tinrent que les remèdes, bien loin de la guérir, ne feraient qu'accroître les souffrances de la malade et hâter sa mort. La maladie, qui ne cessa de tourmenter la jeune fille jusqu'à l'âge de dixhuit ans, l'avait rendue si faible et si exténuée, que sa vue excitait la commisération. Alors l'âcreté des humeurs augmenta, et avec un degré de malignité tel, que son corps, de la tête aux pieds, n'était plus qu'une plaie hideuse, purulente, formant partout des croûtes et exhalant une odeur insupportable. Au mois de juillet 1743, se manifestèrent des symptômes d'une fièvre furieuse, qui indiquait l'inflammation et amena le délire; elle lui occasionna des souffrances si vives et coniracta si violemment les nerfs, qu'elle ne pouvait se mouvoir et était obligée de garder le lit, ne prenant d'autre nourriture que celle qu'on plaçait dans sa bouche. Les médecins qui la visitèrent, quand elle était dans cet état déplorable, jugèrent après de longues observations que le mal avait atteint les parties vitales, et craignant que la mort ne fût imminente, ils recommandèrent qu'on lui administrât les derniers sacrements. Ils craignirent en même temps que la maladie fût contagieuse; ils défendirent donc aux personnes de la maison de toucher le corps de la patiente et cessèrent leurs visites. L'infortunée Marguerite ainsi abandonnée par les médecins, après avoir reçu les derniers secours de l'Église, approchait de sa tin, incapable de prendre de la nourriture, ayant complètement perdu la vue et l'ouïe, et presque la parole. Ses parents la regardaient comme

morte; ils voulurent lui procurer la consolation d'embrasser une dernière fois une sœur, nommée Catherine, résidant à Rome, et la firent retourner par mer à Marino, tandis qu'ils faisaient les préparatifs nécessaires pour les funérailles. Cette pensée de faire venir Catherine fut une véritable inspiration du ciel, car elle apporta avec elle une image de saint Camille, et encourageant toute sa famille, elle l'appliqua sur la poitrine de sa sœur mourante, l'exhortant à haute voix à avoir confiance dans ce grand serviteur de Dieu. Elle tomba ensuite à genoux, et récita avec sa mère un Pater, un Ave et un Gloria Patri en son honneur. Au premier mot du Gloria Patri, Marguerite s'écria d'une voix sonore : « Je suis guérie; le Bienheureux Camille m'a obtenu cette faveur! » Elle sortit aussitôt du lit, sans soutien, elle qui un instant auparavant avait réclamé l'aide de plusieurs personnes pour être tournée d'un autre côté. Ses joues se dépouillèrent des croûtes purulentes qui défiguraient son visage, et en moins de deux heures, sa chair devint souple, fraîche et naturelle. Les sanglots et les pleurs de ses proches furent remplacés par les cris de joie; la nouvelle se répandit promptement dans Marino et dans les pays d'alentour, et dans le procès juridique, outre le témoignage des médecins, fut entendu celui d'un grand nombre de personnes, même de prêtres, qui déposèrent avec serment qu'elles l'avaient vue dans l'état que nous avons décrit, et ensuite instantanément et parfaitement guérie. Ces prodiges, et le désir universel, non seule-

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ment des habitants de Home, mais d'un grand nombre de prélats distingués et de princes illustres de l'Italie et d'autres royaumes, ainsi que les suppliques réitérée; déjà a dressées au Saint-Siège par les rois catholiques d'Espagne Philippe III et Philippe IV, plus récemment par Charles, roi des Deux-Siciles, et sa pieuse épouse, Ma rie- Amélie, déterminèrent le Souverain Pontife Benoît XIV à rendre un décret pour la canonisation de saint Camille avec une promptitude jusque-là sans exemple, car il ne s'était pas encore écoulé quatre ans depuis sa béatification. Ce décret fut promulgué le M août de l'an 1745, jour anniversaire de l'exaltation de cet immortel Pontife sur la chaire de Saint-Pierre. Enfin, l'année suivante, le jour de la fête, si chère aux Romains, de saint Pierre et de saint Paul, en 1746, fut proclamée avec une pompe extraordina re la canonisation solennelle dans la basilique du Vatican, au milieu des applaudissements d'une foule innombrable de personnes accourues de tous les pays du monde catholique. Le même Souverain Pontife, conformément au rite prescrit pour cette cérémonie imposante, célébra la messe pontificale en Thonnour du nouveau Saint, de saint Fidèle de Sigmaringue, martyr, de saint Pierre de Regalato, de l'Ordre des Mineurs Observantins, de saint Joseph de Leonessa, Capucin, Confesseur, et de sainte Catherine de Ricci, Vierge, de l'Ordre de Saint-Dominique, qui furent tous canonisés le même jour que le glorieux Fondaleur de l'Ordre des Clercs-Réguliers Ministres des infirmes, saint Camille de Lellis.

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