LIVRE SECOND
même des anges. Les faits que nous rapportons en sont la preuve.
Une pieuse personne, habitant la ville de Rome, avait souvent témoigné le désir d'être assisté à son lit de mort parles Religieux de saint Camille. Or il arriva qu'une maladie grave mit ses jours en danger. En toute hâle, elle fait mander un Père de la Madeleine ; mais il ne s'en trouvait plus à la Maison : tous avaient été envoyés près des malades; il ne fut donc pas possible de satisfaire à la dernière volonté de la mourante. Dieu, cependant, connaissait son ardent désir et l'impossibilité où se trouvaient les Religieux de saint Camille de se rendre près d'elle. Il y suppléa. Deux Anges, revêtus de l'habit des Ministres des Infirmes et portant la croix rouge sur la poitrine, vinrent l'assister en personne pendant trois jours. Ils ne la quittèrent que lorsqu'elle eut rendu le dernier soupir, sous leur sainte protection. Il fut impossible de révoquer en doute l'authenticité de ce fait. Les serviteurs de la défunte avaient admiré le zèle de ceux qu'ils croyaient être les Pères de la Madeleine. Ne tarissant pas d'éloges sur leur devouement, ils voulurent connaître leurs noms. Ils vinrent s'en informer près des Religieux Ministres des Infirmes; mais ceux-ci furent unanimes à répondre qu'aucun d'eux n'avait visité la défunte durant sa maladie. Il resta donc acquis pour tous qu'en cette circonstance les Anges les avaient remplacés.
L'année 1596 fut, pour la ville de Rome, une époque de mortalité extraordinaire. Une nuit, un
jeune homme inconnu vient frapper à la porle du couvent de la Madeleine, et avec les plus vives instances demande que l'on envoie aussitôt deux Religieux assister un vieillard qui se mourait. Lui-même les conduit à la demeure du moribond ; mais quelle n'est pas leur surprise lorsque, arrivas à ce logis, le jeune homme leur indique la chambre de l'agonisant et disparaît subitement de leurs yeux. En présence d'un fait si merveilleux, ils ne doutèrent pas que ce ne fût un Ange qui les avait accompagnés. Leur certitude se confirma, quand, étant entrés dans la chambre du moribond, ils apprirent qu'on n'avait pas même songé à les faire chercher.
C'est ainsi qu'entre autres occasions, bien nombreuses, les Anges aidèrent les Ministres des Infirmes dans cette mission d'assistance des mourants qu'ils partagent avec eux. Mais, nous l'avons dit, autant est grande l'admiration des Esprits célestes pour le ministère des disciples de saint Camille, autant est profonde et implacable la haine des démons envers ces Religieux qui ne cessent de défendre les âmes des moribonds contre leurs attaques. Sous toutes les formes, Satan s'efforça de mettre des entraves au développement de cette œuvre qui ruine son action infernale. Citons d'abord quelques faits personnels à saint Camille.
Il y avait dans l'hôpital de Gènes une possédée que les démons torturaient horriblement. Saint Camille était de sa part l'objet de toutes les insultes. Par la bouche de l'infortunée, Satan le menaçait de sa fureur et l'accablait d'injures.
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Scènes qui se renouvelaient chaque fois que notre Saint entrait à l'hôpital. Étant un jour parti de Gênes pour se rendre à Rome, il arriva qu'au bout de trois jours d'absence du Saint, la possédée fut prise d'un accès de rire si étrange que les infirmières s'en émurent. Ils vinrent avec un des Pères lui demander la cause de cette attitude inaccoutumée : «Je ris, leur répondit Satan, et je me réjouis de ce que votre Père, la Perche (c'est le nom qu'il lui donnait par moquerie, à cause de sa haute taille), vient de tomber dans un fossé où il a failli se briser le cou. Il y a échappé ; mais je m'en vengerai une autre fois. » En effet, peu de temps après, le Père Camille écrivait aux Religieux de Gènes que Dieu l'avait protégé lors d'une chute qui l'avait mis en danger de mort. On constata que l'accident était survenu au jour et au moment où l'énergumène avait manifesté sa joie. Dans la ville de Milan on exorcisait un jeune homme de dix-huit ans. Le démon vomissait par sa bouche de grossières insultes contre le prêtre exorciste. Sur ces entrefaites, le possédé vint à s'entretenir avec un de nos Pères et le discours tomba sur saint Camille. A ce seul nom, Satan s'empare du malheureux jeune homme et le torture plus que jamais : ses cheveux se dressent, ses yeux lancent des flammes et avec des rugissements horribles : « Ne prononcez pas le nom de cet homme devant moi, s'écrie-t-il, je ne puis en entendre parler. » Après cet assaut terrible, on questionna le possédé sur ce qui venait d'avoir lieu : « Aussitôt, répondit-il, que j'eus entendu le
nom de Camille, je fus comme étouffé ; il me semblait que les démons m'arrachaient le cœur. » Cetlo réponse laissa les assistants dans la stupéfaction: jamais, en effet, le jeune homme n'avait vu le Père Camille, ni entendu parler de lui.
La mort du serviteur de Dieu ne diminua pas la rage de l'enfer. Un jour qu'on exorcisait une femme possédée, près du tombeau de notre Saint, celleci aperçut l'image de Camille : « C'est là, s'écria Satan qui l'obsédait, l'image de mon plus grand ennemi; il occupe injustement le trône des Séraphins qui m'appartient à moi. » Jetant ensuite les yeux sur plusieurs Ministres des Infirmes présents, elle entra dans une fureur extraordinaire, leur commandant de se retirer aussitôt : « Notre occupation, ajouta le démon, est detenter l'homme, et ces Religieux nous enlèvent par leurs exhortations et leurs prières ce que nous avons gagné. Que nous sommes donc malheureux d'avoir à combattre contre les Anges et ces hommes qui tiennent leur place. » C'est ainsi que le père du mensonge se vit contraint à sa plus grande honte de reconnaître la Toute-Puissance divine opérant par le ministère des disciples de Camille.
Ceux-ci, comme leur saint Fondateur, eurent à essuyer les assauts de l'ennemi de tout bien.
Une nuit, deux Religieux revenaient à la Madeleine après avoir assisté un pauvre mourant. Soudain un monstre hideux se dresse à leurs côtés. C'était Satan, qui, sous la forme d'un taureau gigantesque, essayait de les embarrasser dans ses cornes, Epouvantés, ils se jettent à terre en pous-