CHAPITRE X
Notre-Seigneur console son serviteur Camille et l'encourage dans son projet.
La nuit suivante, Camille étant en oraison, agenouillé devant ce même crucifix, désolé de se voir traversé dans ses pieux desseins, passa de longues heures à exhaler ses justes regrets, versant des torrents de larmes, et suppliant Dieu par les plus ferventes prières de daigner accorder un remède à ses maux. Enfin, vaincu par la fatigue, il se coucha el s'endormit. Dans le sommeil, il lui sembla voir l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il avait portée dans sa chambre, agiter sa tête sacrée, le consoler et l'encourager dans son louable projet, en lui adressant ces douces paroles : « Ne crains point, âme pusillanime; poursuis l'œuvre commencée, car je t'aiderai, et je serai avec toi. » Ces paroleschassèrentducœur de Camille toute obscurité, comme les premiers rayons du soleil naissant dissipent les ténèbres de la nuit.
S'étant éveillé, il se trouva content et consolé, rempli d'un tel courage, si fermement décidé à continuer son œuvre, que toute la puissance de l'enfer lui paraissait ne pouvoir le détourner de sa sainte résolution.
Il rendit mille actionss de grâce à Dieu de ce qu'il lui avait procuré ces consolations ; et, lorsque le jour parut, il ranima le courage de ses compa-
gnons dispersés qui, comme des soldats nouveaux dans la milice de Jésus-Christ, s'étaient montrés lâches et timides. Fortifies par la promesse divine, malgré la défense des administrateurs, ils commencèrent à faire face à l'ennemi avec intrépidité, et à se réunir avec leur dévotion ordinaire, non plus ouvertement dans quelque oratoire, mais secrètement à l'église de l'hôpital, dont les clefs se trouvaient entre les mains du Père François Profeta, en sa qualité d'aumônier. C'était là qu'ils se livraient sans bruit à leurs exercices de piété; et, tandis que les autres serviteurs de la maison dormaient, ou allaient se distraire dans la ville, eux, au lieu de se récréer, restaient enfermés, conversant avec Dieu, macérant leur corps parla discipline, ou lisant quelque livre de spiritualité, se fortifiant ainsi dans la vertu.
Mais comme il pouvait paraître douteux que la vision qu'avait eue Camille fût vraie, puisqu'il l'avait eue pendant le sommeil, Notre-Seigneur voulut le confirmer dans celte opinion j ar une nouvelle preuve de sa bonté, et consoler son fidèle serviteur.
Notre Saint a affirmé que, se trouvant un jour à cetle époque en butte à une grande tribulation, il eut recours à la prière devant l'image sacrée du crucifix, et, tandis qu'il versait des larmes et poussait des sanglots, il vit clairement le divin Sauveur détacher ses mains de la croix, comme pour l'embrasser et il l'entendit prononcer ces paroles : « Pourquoi t'affliges-tu, âme pusillanime ; persévère dans ton entreprise, je viendrai à ton aide, car c'est mon affaire et non la tienne. »