LIVRE PREMIER
deux mille cinq cents écus; deux paires de chandeliers, une croix, un encensoir, un calice, un ciboire, et un ostensoir pour exposer le Saint-Sacrement pendantlesQuarante-Heures. Cet homme digne d'un souvenir éternel passa à une vie meilleure en 1612, âgé de quatre-vingt-quatre ans, et fut enseveli dans la même église qu'il avait si libéralement ornée.
Pour que l'on se fasse une idée du haut degré de vertu auquel parvint Camille, quand il était encore laïque et économe de l'hôpital de Saint-Jacques, nous croyons devoir raconter le trait suivant. — Notre serviteur de Dieu, se rendant à Rome avec un de ses compagnons, rencontra un bon vieillard dont le costume annonçait un voiturier, et qui criait : « Vive le Père Camille ! vive le Père Camille! » L'humble Père, rougissant et tout confus de cette démonstration, s'approcha de lui, et lui dit : « Que dites-vous, frère? Taisez-vous, au nom de Dieu, je vous prie. » Mais celui-ci, élevant encore plus la voix : « Comment, me taire! Comment, ce que j'ai! Vivrais-je plus de cent ans, je ne cesserai point de crier : Vive le Père Camille ! Je sais tout ce que je lui dois. Ne vous souvient-il pas, mon Père, que lorsque vous étiez économe de Saint-Jacques, hôpital des incurables, j'avais une jambe brisée, et qui ne pouvait être guérie par aucun remède, et que vous avez obtenu ma guérison pnr vos prières? » Alors le saint, encore plus confus, lui dit : « C;ilniez-vous, bonhomme, car c'est Dieu qui vous a guéri, et non moi. » Et enfin, le conjurant de garder le
silence, il essaya par de bonnes paroles à lui fermer la bouche, mais le vieillard ne cessait de crier : «Vive le Père Camille! » 11 le quitta, hâtant sa marche, pour ne pas entendre son éloge. Il dit ensuite à son compagnon : « Voyez ce que va se rappeler cet homme! Il y a bien trente ans qu'il était malade à Saint-Jacques; on avait placé les fers sous le lit pour lui amputer la jambe, et Dieu le guérit. »