‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 30 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Le hasard voulut donc que, tandis qu'il se trouvait, sur le soir, dans la cour de l'hôpital de Saint- Jacques, en décembre 1583, il rencontra Fermo Calvi, homme excellent et riche, qu'il savait êlre le frère de Jean-Antoine Calvi, son ami. La conversation s'engagea; il lui raconta avec quelle ardeur il désirait être promu à la prêtrise, afin d'être à même de fonder la congrégation pour secourir les malades, et lui fit part de l'obstacle qu'il rencontrait dans sa pauvreté. Fermo se sentit profondément touché par les paroles de Camille ; il se contenta de lui dire d'avoir confiance en Dieu, qui ne manque jamais de secourir ses serviteurs dans leurs peines. Quoiqu'il eût l'intention de le consoler, pour le moment il ne lui fit pas d'autre réponse.

Arrivé chez lui, Fermo réfléchit sur le désir de Camille, et les avantages qui pourraient résulter de l'établissement de la congrégation; il lui semblait qu'on transperçait son cœur avec un glaive ; les paroles du serviteur de Dieu retentissaient à ses oreilles, et lui reprochaient de ne pas venir à son secours. Il retourna à l'hôpital, le jour suivant, et, au grand étonnement de Camille, il lui promit, pour son patrimoine, cinq cents écus. Camille surpris fut charmé de cette offre, qu'il attribuait à la bonté de Dieu envers lui ; il n'osait ouvrir la bouche pour remercier d'abord le Seigneur, et ensuite cet homme charitable; mais il fut encore bien plus étonné, lorsque, étant allé rendre compte au notaire du vicaire de Rome, celui-ci lui dit que cette somme ne suffisait pas, qu'il fallait y

ajouter encore cent écus ce qui serait un patrimoine, sinon considérable, du moins suffisant. Fermo consentit à l'augmentation et assura à Camille, sa vie durant, une rente de trente-six écus.

Les deux difficultés étant aplanies, Camille fut ordonné sous-diacre par Mgr Thomas Goldwel, évêque de Saînt-Asaph, aux quatre-temps du Carême; diacre, le samedi avant le dimanche de la Passion, et prêtre le jour de la Pentecôte, en 1584. Il célébra sa première messe dans la petite église de Saint-Jacques, sur l'autel dédié à la sainte Vierge, le 10 juin de la même année.

Tous ses compagnons et d'autres personnes pieuses en éprouvèrent une joie incroyable. La plupart communièrent de sa main, en particulier Fermo Calvi, son principal bienfaiteur, qui, ce même jour, lui fit présent d'un calice, d'un missel, de trois chasubles de différentes couleurs, et de tout ce qui était nécessaire pour la célébration des saints mystères.

Dans la suite, quand l'institut fut établi, le saint fondateur, gardant le souvenir de tant de bienfaits, le retira chez lui, lui livra trois pièces de son appartement pour son habitation, prit soin de sa nourriture, lui fournit tout ce qui était nécessaire pour l'entretien de sa personne, avec un domestique pour le servir. Fermo correspondit dignement à tant de reconnaisance, car outre qu'il légua ses biens à l'institut au moment de sa mort, pendant sa vieillui fit d'abondantes aumônes. Il donna à l'église de la Madeleine, où il fut fondé, de très belles pièces d'argenterie, dont la valeur dépasse

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