‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 33 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pital. Celui-ci était particulièrement aimé de Mgr Guzano, un des administrateurs ; et ces derniers devaient tout naturellement être fâchés de leur départ. Mais, pleins de confianceen Dieu, pour l'amour duquel ils étaient entrés dans cette lutte toute de charité, ils résolurent de rompre en effet avec le monde, de se réunir et d'agir en hommes de cœur, et la détermination suivante fut concertée entre eux.

Camille etCurzio demanderaient les premiers à se rendre dans leur pays pour régler quelques affaires importantes, et, de retour à Rome, ils n'iraient pas à l'hôpital, mais directement à Notre- Dame-des-Miracles, où Bernardin se joindrait à eux. Le Père François Profeta, une fois débarrassé de quelques procès qui l'occupaient beaucoup, irait se réunir à eux partout où ils seraient. Les deux autres compagnons, Louis et Bénigne, avaient déjà quitté l'hôpital.

Cette détermination étant arrêtée, Camille et Curzio demandèrent un congé que les administrateurs accordèrent facilement, pensant qu'ils retourneraient. Camille profita adroitement de cette occasion pour se démettre de sa charge d'économe, disant aux membres de l'administration qu'il n'était pas sûr de retourner, et qu'ainsi l'on pourvût à son remplacement.

Ayant mis ses affaires en ordre dans l'Abruzze, après une absence de quelques mois, ils retournèrent à Rome, se rendirent à la petite église de Notre-Dame, où ils furent aussitôt rejoints par Bernardin. C'est là que se réunirent les trois coin-

pagnons, éprouvant une joie et une consolation ndicibles. Cette réunion eut lieu au mois de septembre de Tannée 1584, la dernière du pontificat de Grégoire XIII. On peut dire avec vérité qu'à dater de cette époque, Camille commença, sans l'interrompre, l'établissement de la congrégation; car dans l'octave de la Nativité de la sainte Vierge, il fit changer de costume à Curzio et à Bernardin, et ils revêtirent l'habit clérical, la soutane, le manteau noir, sans aucun autre signe distinctif.

Cette congrégation prit naissance avec la sainte Vierge Marie, et sous ses auspices. Ensuite les trois compagnons commencèrent à se rendre tous les jours, soir et matin, à l'hôpital du Saint-Esprit, le plus considérable de Rome, où, se conformant aux règles succinctes que Camille avait données par écrit, ils servaient les malades avec la plus ardente charité. Ils leur donnaient à manger, faisaient leurs lits, leur lavaient la bouche, les entouraient de mille soins et de mille attentions que leur suggérait l'amour le plus tendre. Là où ils voyaient un besoin plus pressant, et où la puanteur rendait leur service plus dégoûtant et plus pénible, c'était là qu'ils accouraient avec le plus de plaisir et d'ardeur. Ils soignaient indistinctement tout le monde ; et les maladies les plus horribles, les plus rebutantes, ne faisaient qu'accroître leur dévouement. Ils enseignaient les éléments de la religion aux infirmes, les aidaient à faire l'acte de contrition, les exhortaient à la patience et à la conformité à la volonté de Dieu, et à recevoir avec dévotion les derniers sacrements,

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