CHAPITRE XVII
Bernardin Norcino, premier compagnon de Camille, meurt. Son éloge.
Quelques mois après que le nom fut donné à la congrégation, Camille perdit son premier compa-
gnon, Bernardin Norcino, qu'il avait tendrement aimé. Comme la vie de ce bon Frère fut admirable et qu'il fut regardé comme un saint par tous ceux qui le connurent, nous dirons quelques mots de ses vertus, auxquelles ont rendu témoignage Camille et Curzio.
Bernardin remplissait, depuis plusieurs années, l'emploi de garde-magasin à l'hôpital de Saint- Jacques lorsqu'il entra dans la congrégation, mais il avait passé une partie de sa jeunesse à vendre et porter du bois à Rome, dans le quartier qu'on appelle Ripetta. Dans cet humble excercice, il montrait tant de vertu et une piété si rare, que, quoique brisé par la fatigue du jour, il ne manquait jamais de faire son oraison mentale, qui commençait à Y Angélus du soir et finissait à minuit, quand on sonnait Matines à Ara Cœli, couvent de Saint-François. Il dormait ensuite jusqu'à Y Angélus du matin, que l'on sonnait à Saint-Roch; c'est alors qu'il se levait et allait se livrer à son occupation ordinaire, qui consistait à porter de lourdes charges de bois sur le dos.
11 lui arrivait souvent de passer la nuit entière à méditer, à genoux, jusqu'au moment où, vaincu par le sommeil à cause du grand travail de la journée, il s'endormait, et se réveillait le matin tout glacé, son chapelet à la main.
Non content de dompter son corps par la fatigue afin de le soumettre à l'esprit, il le macérait encore et le châtiait chaque jour par la discipline et le jeûne. Il avait une dévotion toute particulière pour la très sainte Vierge. Il s'efforçait d'être