‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 45 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

continuellement uni à Dieu. Il parlait avec tant d'onction et de ferveur des choses du ciel, qu'il inspirait la dévotion à ceux qui l'écoutaient, tenant toujours, dans ces entretiens, la main appuyée sur la poitrine comme s'il eût cherché à comprimer l'ardeur extrême, dont il sentait son cœur embrasé.

Il souffrait très patiemment les injures. Maurice, massier du Souverain Pontife, raconte de lui que, portant un jour du bois à la Ripetta, il rencontra et heurta par inadvertance avec la hotte un courtisan qui passait, un de ces hommes superbes qui se fâchent sous le prétexte le plus futile. Celuici, peu endurant par caractère, sans être retenu par la présence de la foule qui était nombreuse, et par sa propre dignité, lui donna un grand soufflet. A l'instant, Bernardin, comme s'il avait l'intention de venger cette insulte, dépose la hotte avec le bois, court après celui qui l'avait outragé : tous s'attendaient à ce qu'il l'accablât de coups. Arrivé en sa présence, au lieu de se venger, il s'agenouille devant lui et lui adresse ces paroles avec douceur : « Vous m'avez donné un soufflet pour votre propre satisfaction, je vous prie de m'en donner un autre pour la mienne. » 11 tendit son autre joue, comme le conseille Notre-Seigneur Jésu-Christ dans l'Évangile, et cet homme orgueilleux, plein d'admiration pour une humilité si rare, se retira tout honteux et confus.

Pendant quarante ans, il fréquenta les sacrements avec une ardente piété, et il eut quelquefois le bonheur de voir d'une manière ostensible

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dans la sainte hostie Jésus enfant, qu'il aimait de l'amour le plus tendre : tant étaient grandes la candeur et la pureté de son âme! C'est ce qui a été raconté plusieurs fois à Camille par le Père Octavien Capelli, son confesseur.

Il éprouva néanmoins, pendant quelque temps, de terribles tentations touchant le mystère de la très sainte Trinité, ne pouvant comprendre comment pouvait être engendré par le Père éternel le Fils co-éternel et semblable à lui. Pour se débarrasser de cette tentation, il pratiqua diverses pénitences, visita plusieursfois les septÉglises (1), suppliant Notre-Seigneur de le délivrer de cette peine intérieure qui le tourmentait si cruellement. Dieu daigna enfin le consoler : il lui apparut sous la figure imposante d'un vieillard vénérable, de la bouche duquel sortait un enfant, surpassant en beauté tous les visages des anges : ce qui le calma, et il ne fut plus tenté dans la suite sur ce mystère.

C'était un homme si aimable, d'un caractère si gai, que sa seule présence consolait les malades, pour lesquels il fut toujours animé des sentiments les plus tendres et les plus affectueux, sans que sa première ardeur se refroidît jamais. Il y avait tant de douceur et de charme dans ses paroles, qu'il obtenait tout ce qu'il demandait. Souvent, quand il était encore dans le siècle, les jours de

(1) Ces sept églises, où sont vénérés les corps et les reliques des SS. Apôtres Pierre et Paul, sont autaut de stations. Les souverains pontifes Urbain VIII et Benoît XIV ont accordé de précieuses indulgences aux fidèles qui les visitent, après avoir fait ce qui est prescrit par leurs constitutions.

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