LIVRE PREMIER
après, il parla au Souverain Pontife de la piété de Camille et de ses compagnons; et Sixle-Quint, qui savait qu'ils s'étaient attiré l'estime de l'élite de Rome par leur noble dévouement, en fut très édifié, et conçut l'espoir que cette congrégation ferait le plus grand bien dans toute la chrétienté. 11 confia l'affaire à la Sacrée Congrégation des Réguliers, qui l'examina mûrement en présence du cardinal Mondovi. Les avis fuient partagés : le cardinal S m-Severino, mû sans doute par un saint zèle, s'opposa à la confirmation; il lui parut que de nouveaux ordres n'étaient pas nécessaires. On lui fit observer que cette congrégation n'était pas superflue dans l'Église, puisqu'elle s'occupait d'œuvres éminemment pieuses, tant pour le salut de lame que pour le soulagement du corps de tant d'infortunés, cette classe de la société qui avait d'autant plus besoin de secours qu'elle en était plus dépourvue; que ce nouvel institut différait de ceux que l'Église possédait, puisqu'il avait pour but spécial de secourir les fidèles au moment de la mort, même en temps de peste, et qu'il méritait d'être encouragé et confirmé par le Saint-Siège. La conclusion fut heureusement conforme au désir de Camille. La relation de tout ce qui s'était passé fut faite et adressée au Souverain Pontife par le cardinal Sans, président de la Congrégation des Réguliers. Elle fut favorablement accueillie. C'est pourquoi la congrégation du Père Camille fut confirmée par un bref apostolique de Sa Sainteté, en date du 18 mars 1586. Il permit à Camille et à ses compa-
gnons de vivre en communauté, se soumettant à la pauvreté, la chasteté, l'obéissance, et se consacrant au service des malades, même en temps de peste; non en vertu des vœux simples ou solennels, mais volontairement. Celui qui avait persévéré pendant un an, menant une vie régulière, après avoir communié et distribué ses biens aux pauvres, un jour de fête de Notre-Seigneur Jésus- Christ ou de la sainte Vierge, en présence du Saint-Sacrement et de quelques Pères, faisait connaître, dans une courte allocution, sa volonté et son dessein de vivre dans la congrégalion, dans la chasteté, la pauvreté, l'obéissance, se dévouant au service des pauvres malades. Il jurait que, s'il se voyait tenté de quitter l'habit, renfermé quelques jours dans une cellule, il se recommanderait à Dieu, et lui demanderait sa lumière et ses grâces pour triompher de la tentation; il récitait ensuite quelques prières. Tout cela se faisait sans obligation de vœu. Le même Souverain Pontife voulut que la congrégation pût se choisir un supérieur, qui fût prêtre, et dont la charge devait durer trois ans. Il leur accorda la permission de demander l'aumône dans Rome, et d'autres faveurs que nous passons sous silence, pour abréger.
Camille fut élu supérieur d'une voix unanime, le 20 avril de la même année. Dès ce jour il redoubla ses austérités et ses macérations, montra une plus grande bienveillance envers les siens, donna de nouvelles preuves de son amour pour le prochain et de son mépris de lui-même. On le