‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 5 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

combat, peu préoccupé des réflexions graves et sérieuses qu'il importe de faire à cette heure suprême : son corps fut inhumé dans l'église du glorieux saint François.

Camille fut plongé dans l'affliction la plus profonde par la mort de son père. Il se trouvait sans ressources. Depuis six ans, sa mère avait également cessé de vivre. Dieu lui envoya en même temps une autre épreuve très pénible : il lui survint au cou-de-pied droit une plaie, occasionnée par une égratignure très légère. Le Seigneur se servit de ce faible accident, afin de retirer ce jeune homme de la perdition, l'attirera lui, lecontraindre à savoir par expérience ce que sont les hôpitaux, à connaître les peines et les privations qu'on y endure, et donner ainsi naissance à son Ordre. Nous regardons souvent comme des disgrâces les épreuves par lesquelles la Providence nous fait passer, et qui sont ordinairement des moyens pour nous faire arriver au bonheur.

Camille, ayant rempli les devoirs d'un bon fils et accompagné, les yeux baignés de larmes, les dépouilles mortelles de son père à sa dernière demeure, continua son voyage de l'Abruzze. En passant par la ville de Fermo, où il se reposait, tourmenté par une fièvre dont il éprouvait tous les jours les accès, il aperçut deux Pères Franciscains de l'Observance, qui passaient dans la rue et marchaient les yeux baissés. Comme Camille était très impressionnable, il fut tellement frappé de leur maintien dévot et de leur rare modestie, que, repentant de ses désordres, il se proposa de

changer de vie, et ce désir fut si ardent qu'au même instant il fit vœu de se faire religieux de l'ordre de Saint-François. Il partit, dans ce dessein, pour la ville d'Aquila, se rendit au couvent de Saint-Bernardin, où se trouvait gardien le Père Paul Lauretano, son oncle, homme célèbre à cette époque par la sainteté de sa vie et retendue de ses connaissances, et qui avait été commissaire de tout son Ordre en Espagne. Il lui fit part de son intention et du vœu qu'il avait fait, le suppliant de lui donner l'habit. Le Père gardien n'aquiesça pas à sa demande, soit parce qu'il le vit malade, soit parce qu'il ne regarda pas comme solide une vocation si subite, ou peut-être, parce qu'il connaissait son inconduite. Camille prit occasion de ce refus, pour abandonner alors cette sainte résolution.

Page 1