‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 54 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ne se composait que de douze à quinze personnes. Ces habitations furent disposées en forme de monastère, ayant clôture, cellules et offices : ils travaillaient de leurs propres mains, lui et les sien s, portant la chaux, les pierres et les briques, comme les derniers des ouvriers.

Cette maison est la première et la maison-mère de toutes lesautres de l'Institut, qui ont été si nombreuses, comme nous le verrons plus loin. — Peu après s'adjoignirent à Camille le Père François Profeta, l'un de ses premiers compagnons, et le Père Paul Corneta, Romain, théologien remarquable, très versé dans la connaissance des langues hébraïque, grecque et latine; s'il avait vécu plus longtemps, il aurait illustré la Congrégation par ses savants ouvrages écrits en grec, auxquels il ne put mettre la dernière main.

Quand Camille eut pris possession de cette église, les Frères cessèrent d'aller se confesser et communier dehors. Il y plaça deux confessionaux où les PP. François Profeta et Paul Corneta confessaient les 'personnes de la maison et beaucoup de laïques qui se présentaient, et il ordonna que l'on fit les exercices spirituels dans l'église, qui commença à être fréquentée.

Un an après qu'il eut pris possession de sa chère église delà Madeleine, Camille reçut deux jeunes gens, à la mort desquels il se passa quelque chose d'extraordinaire et qui mérite d'être connu. Il arriva donc que l'un d'eux, appelé Louis-François, quoique fort jeune encore, parvenu à une haute perfection, étant sur le point de mourir, levant les

yeux au ciel, comme s'il avait quelque vision, s'écriait : « Saint André, saint André, celui qui viendra après moi sera sans doute le Frère Jacques. » Alors Jacques Martinelli, qui était présent et remplissait l'office d'infirmier, lui dit : « Est-ce moi, par hasard? » Louis, lui répondit: « Oui ; dans peu de jours nous serons réunis dans le même lieu; » et ayant achevé ces paroles, il expira. Après les funérailles, Jacques rendit compte de ce qui lui était arrivé à son confesseur, le Père François Profeta; celui-ci, sachant que ce Frère avait coutume de lire les Dialogues de saint Grégoire, lui dit : « Frère, vous savez trèsbien qu'il est fait mention d'un grand nombre d'exemples semblables dans le livre des Dialogues, que vous lisez si souvent; ainsi il sera prudent que vous vous prépariez à la mort, puisque Louis, votre compagnon, vous a appelé. » Jacques répondit ! « Que la sainte volonté de Dieu soit faite! » Il était à cette époque si bien portant, qu'il dit qu'il ne s'était jamais mieux trouvé. Mais, ô profondeur des secrets divins ! cette même semaine Jacques était déjà malade, et peu de jours après il rendit son âme à Dieu.

Dieu voulut, sans doute, par cet événement merveilleux, donner à entendre combien l'on se rend agréable à ses yeux en gagnant une âme à son service, comme l'avait fait Louis en attirant Jacques dans la Congrégation. C<^s deux jeunes gens étaientliés d'une étroite amitié dans le monde; Louis entra dans la Congrégation, et Jacques resta dans le siècle, chercha une place de domestique,

ne pouvant faire autrement, parce qu'on l'avait volé, quand il revenait de son pays nalal.

Un jour Louis, allant dans Home, le rencontra, et lui demanda comment il se trouvait : * Pas trop bien, répondit-il, parce qu'il n'avait pas de maître. — Si tu le veux bien, ajouta Louis, je t'en chercherai un. » Jacques y consentit : le prenant alors par la main, il le conduisit au Père Camille, le suppliant par l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Chrit (Je recevoir son ami dans la Congrégation, et, se tournant ensuite vers Jacques, il lui dit : « Frère, je t'ai trouvé pour maîlre Jésus- Christ, ne crois-tu pas être heureux à son service ? — Oui, » répondit-il. 11 fut reçu et trouva le bonheur en servant le meilleur des maîtres. Ils quittèrent tous les deux ce monde, comme nous l'avons raconté, étant véritablement compagnons, pendant la vie et à la mort, et ils jouissent ensemble, comme tout porte à le croire, des délices du paradis.

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