CHAPITRE XXI
Camille va fonder une maison à Naples ; progrès de la Congrégation dans ses commencements.
La maison de l'église delà Madeleine se trouvant dans un état convenable, grâce aux soins et aux travaux des Religieux, cet établissement commença à être fréquenté par les prélats et les prêtres qui, sincèrement attachés à l'Institut,
venaient y célébrer les saints mystère?, et entre autres par le docteur Mira, Espagnol, qui fut dans la suite évêque de Castellamare. Celui-ci allait presque tous les matins dire la messe à la Madeleine, et, comme il était très compatissant pourlss pauvres, il aimait tendrement Camille avec lequel il se lia d'une étroite amitié. S'étant rendu à Naples, il parla au Père Alexandre Burla, prêtre de l'Oratoire, des services immenses que rendrait à l'Église la Congrégation de Camille, si elle s'établissait dans cette ville et y fondait une maison.
Touché du récit des actions héroïques de Camille et des siens, le Père Alexandre, homme très charitable et très di sireux de voir s'accroître toutes les œuvres de piété, exhorta vivement Camille à prêter ]a main à cette fondation, l'y décida par ses instances et ses prières réitérées, et lui envoya cinquante écus pour les frais de son voyage. Le serviteur de Dieu partit avec treize de ses compagnons, au nombre desquels se trouvait Biaise d'Operti, qui devait rester en qualité de supérieur. Ils arrivèrent à Naples, le 28 octobre de l'an 1 088, jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude. Le Père Alexandre leur avait préparé une maison qu'il avait payée lui-même, et qu'il avait meublée de tous les objets nécessaires. Ils furent reçus avec les plus grandes démonstrations dejoie par l'archevêque, Annibal de Capoue, par la noblesse et par tous les habitants de cette ville.
Il serait difficile de raconter tout le bien qu'opéra
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à Naples la Congrégation dans ces commencements. Les Pères furent bientôt connus dans celte vaste et populeuse cité, et appelés de toutes parts. Ils commencèrent par secourir les malades, les aidant de leurs conseils, de leurs prières, et veillant constamment auprès d'eux pour ranimer leur courage dans le dernier combat. Ils n'étaient rebutés par aucun genre d'infirmités, ni par les émanations pestilentielles, ni par le danger qu'ils couraient de perdre la vie on soignant des maladies contagieuses. Ils fréquentaient les maisons des pauvres, ils s'enfermaient dans ces habitatio: s délabrées, où il est si pénible de passer les nuits entières durant les grandes chaleurs de l'été et les froids rigoureux de l'hiver.
Cet exemple d'un dévouement sublime eut pour résultat de réveiller une sainte émulation parmi un grand nombre de religieux d'autres ordres, ainsi que parmi les pasteurs des âmes, et l'on vit même de simples fidèles veiller, les nuits entières, auprès des lits des mourants.
Dès leur arrivée, les Pères desservirent l'hôpital des Incurables, qui, sous cette dénomination, embrasse toutes sortes d'infirmités ; c'est un des établissements les plus importants de celte ville. Là, ils furent témoins de maux et de misères incroyables; mais, dès qu'il fut fréquenté par Camille et ses compagnons, on s'aperçut bientôt d'un changement notable. Ils s'y rendaient trois heures avant ie diner, y passaient encore trois heures au moment du souper, sans parler des veilles pendant la nuit; ceux qui sortaient étaient remplacés par
d'autres. Us usaient envers les pauvres de toutes sortes de prévenances et de ménagements, que leur suggérait la charité la plus tendre, sans s'arrêter à ce que toutes ces maladies offraient de dangereux ou de dégoûtant. Ils faisaient les lits, présentaient la nourriture à ceux qui ne pouvaient la prendre eux-mêmes, leur versaient de l'eau sur les mains, leur nettoyaient la bouche avec un instrument d'argent fait exprès, leur coupaient les cheveux, et leur rognaient les ongles des mains et des pieds. Il serait trop long d'énumérer tous les soins touchants qu'ils avaient pour les pauvres de cet hôpital et de tous les autres établissements semblab'es. Ils n'étaient pas moins empressés à prodiguer leurs soins spirituels aux âmes de ces pauvres gens ignorants, et étrangers, pour la plupart, aux principes de la foi chrétienne. Ils ne négligeaient rien de ce qui pouvait leur être utile. Laissant leurs manteaux à la porte de l'hôpital, ils se ceignaient d'un tablier de toile, et se livraient aux plus humbles ministères.
Cette assistance continuelle, ces attentions délicates des bons Pères contribuèrent à la conversion d'un grand nombre de pécheurs qui, après s'être confessés, quittèrent cette vie dans les sentiments d'un repentir sincère, et assurèrent eux-mêmes, avant de mourir, qu'ils étaient redevables de ce bonheur au dévouement des religieux.
Cet exemple produisit le plus grand effet dans Naples. Personne n'osait entrer dans cet hôpital, ou traverser ses cours, redoutant les odeurs infectes, ou le danger de perdre la vie; mais, quand