‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 63 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

prêtres pour une semblable fondation, et que ses religieux ne pouvaient être ordonnés, faute de patrimoine. Le cardinal reconnut que ce serait là un obstacle très grand pour l'accroissement de la Congrégation, et il l'assura qu'il en parlerait à son protecteur, le cardinal Mondovi, afin de trouver à cela quelque remède.

Les deux cardinaux eurent une entrevue, et, après de mûres réflexions, ils conclurent qu'il n'y avait d'autre parti à prendre, pour avoir des prêtres, qu'à ériger la Congrégation en Ordre. Dès ce temps-là, c'est-à-dire au mois de juillet de l'an 1586, on commença à s'occuper de cette affaire à la cour de Rome, avec d'autant plus d'ardeur de la part des deux cardin mx, que, Camille, à la sollicitation du cardinal Paleotto, s'étant rendu avec Curzio et deux autres compagnons à Bologne pour y fonder un établissement le 29 octobre de la même année, faute de prêtres, ses démarches restèrent sans résultat.

De retour à Rome, après avoir consulté à plusieurs reprises des hommes savants et quelquesuns des plus capables de la Congrégation, il fit un mémoire qui contenait un règlement de vie, tant pour leur propre usage que pour faire connaître l'esprit de l'Institut. Le cardinal Mondovi le présenta à Sixte V, pour obtenir la confirmation apostolique. Le pape, désireux d'asseoir désormais sur une base solide cet Ordre dans l'Église, le confia à la Congrégation des Rites, alors composée des cardinaux Gesualdo, Mondovi, Paleotto, Colonna, Borromeo, Sfondrato. L'affaire fut dis-

cutée et examinée avec toute la maturité que réclamait son importance, ce qui fit connaître les opinions des personnages lej plus remarquables de Rome.

Quelques-uns doutaient, s'il était onvenable d'accorder la profession, consilérant que cet Instilut étant entièrement fondé sur les fréquents rapports avec le prochain, en sortant à toute heure, et secourant des personnes de toutes conditions, non seulement le jour, mais encore la nuit, il arriverait bientôt que quelques-uns d'entre eux seraient détournés de leur vocation, et qu'alors ce serait un grand inconvénient que ce ministère fût exercé par des hommes impropres à ce genre de vie et liés par des vœux. Ils pensaient quil valait mieux laisser une porte ouverte, pour se débarrasser de ceux qui n'auraient pas l'esprit de leur é;at, en laissant la Congrégation telle qu'elle était. C'était le sentiment de saint Philippe de Néri, du Père Tôle lo, de la Compagnie de Jésus, alors théologien du Palais, qui fut dans la suite cardinal, et celui du cardinal Aldobrandino, plus tard pape sous le nom de Clément VIII.

D'autres, au contraire, pensaient qu'il et lit plus convenable de les lier tous par des vœux, parce que, en les laissant libres, sous prétexte de congédier les mauvais, on faciliterait la sortie des bons, lorsqu'ils sont formés et plus utiles, par suite de l'inconstance de l'homme naturellement porté au changement; surtout, si l'on plaçait sous leurs yeux des exemples propres à faire naître dans leur esprit des sujets de crainte; qu'en outre,

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